L’auteur

Terry Pratchett est un écrivain britannique né en 1948. Il est surtout connu pour ses romans de fantasy humoristiques prenant place dans l‘univers du Disque-monde, dans lequel il détourne les canons du genre pour se livrer à une satire de divers aspects de la société contemporaine.

Pratchett publie son premier roman en 1971, mais ce n’est qu’en 1983 qu’il rencontre vraiment le succès avec le premier volume des Annales du Disque-monde. Il devient par la suite l’un des auteurs de fantasy les plus prolifiques (les Annales comptent plus de trente tomes) et les plus appréciés (ses livres se sont vendus à plus de 65 millions d’exemplaires).Selon un sondage publié en 2006 dans le magazine littéraire britannique Book Magazine, Terry Pratchett est le second auteur vivant le plus apprécié de ses compatriotes, derrière J. K. Rowling.

Il est anobli par la reine en 2008, et reçoit de nombreuses récompenses pour son œuvre. Atteint d’une forme rare de la maladie d’Alzheimer, il entame en 2011 une procédure de suicide assisté.

Le livre

Masklinn et sa tribu de gnomes, hauts de 10 cm, survivent difficilement dans la nature hostile, près d’une aire d’autoroute. Lassés de lutter pour trouver de la nourriture, ils montent un jour dans un camion et se retrouvent dans le Magasin, remplis de gnomes qui n’ont jamais vus le Dehors et refusent même d’admettre qu’il existe. Seulement Masklinn ne tarde pas à découvrir que le Magasin va être détruit dans quelques semaines. Commence alors une quête effrénée pour abriter des milieux de gnomes : l’espace serait-elle une solution ? car il paraît que les gnomes viennent d’une étoile lointaine …

Mon avis

Terry Pratchett nous offre ici une trilogie jubilatoire, réunie récemment en un seul volume, qui se dévore en quelques jours (voire heures …) de lecture. Un suspens haletant, un humour à tout épreuve et un monde délirant que les gnomes pensent être créé uniquement pour eux.

« Humains voyageurs : Immenses créatures gnomoïdes. Beaucoup d’humains passent leur vie à se rendre d’un endroit à un autre, ce qui est étonnant, car en général, il y a déjà trop d’humains dans leur lieu de destination. Consulter également ANIMAUX, INTELLIGENCE, EVOLUTION et CREME PATISSIERE. (Encyclopédie scientifique pour l’édification des jeunes gnomes curieux.) »

Tout y est : la religion (Arnold Frères, fond. 1905); les dieux (Prix Sacrifiés; Bonnes Affaires); les commandements (« Animaux et enfants doivent être tenus dans les bras »; « Tout doit disparaître », le plus terrifiant car il annonce la fin de tout …); les familles qui gèrent chaque rayon du Magasin, etc.

Et puis la fuite à l’extérieur, la découverte du Dehors (où la moquette n’existe plus et où la viande n’est pas servie sous cellophane …). La lutte contre les humains de plus en plus envahissants. Et l’évasion finale, qui m’a complètement laissée coite.

Un roman foisonnant, aux accents féministes par endroits (« Tout le monde sait bien que les femmes ne peuvent pas lire, répondit Gurder. Ce n’est pas de leur faute bien entendu. Il semble que ça leur échauffe le cerveau. L’effort, vous comprenez. C’est comme ça, voilà tout.

– Tiens donc, dit Grimma. »), anti-intellectuels, anti-humains à d’autres.

Comme si l’auteur s’amusait à mélanger toutes les luttes et idéologies humaines et les travestir à la taille des gnomes pour qui l’on ressent à la fois compassion (qu’ils sont vulnérables !) et agacement (mais c’est pas possible d’être aussi bête !). Et finalement, on rit d’un bout à l’autre de cette formidable aventure, composée de scènes savoureuses.

« C’est le Truc qui me l’a appris. On appelle ça l’analyse du chemin critique. En clair, il y a toujours une chose par laquelle tu aurais dû commencer. Par exemple, si tu veux construire une maison, il faut savoir fabriquer des briques, mais avant de fabriquer des briques, il faut savoir quelle sorte d’argile on utilise. Et ainsi de suite.

– C’est quoi, l’argile ?

– J’en sais rien.

– Et les briques ?

– Chuis pas sûr.

– Bon, et une maison alors ?

– Là encore j’ai pas tout compris, répondit Masklinn. Mais de toute façon, c’est capital. « 

Et voilà, j’en dis juste assez pour vous appâter, et hop, vile tentatrice que je suis, je vous invite à le lire ! 🙂

« C’est un petit pas pour l’homme, mais un grand bond pour la gnomité. »

Incursions

« Étonnante, la sensation qu’on éprouvait à utiliser les mots précis. On avait l’impression de tout contrôler. On aurait dit que le mot vous conférait l’usage d’une sorte de levier.« 

*

« Il regarda l’épieu un long moment. Ensuite, il s’en saisit et sortit méditer à loisir, et en profondeur sur l’état du monde en général, et sur sa situation personnelle en particulier. En d’autres termes, il partit bouder un bon coup. »

***

13/26 !

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