« Je vais envelopper mes deux chemises, avec mes chaussettes et mon habit du dimanche, dans le bout d’étoffe bleue que ma mère avait coutume de nouer autour de ses cheveux quand elle faisait le ménage, et je quitterai la Vallée. « 

Voilà comment commence cet épais roman du gallois Richard Llewelyn, que j’ai découvert à travers son adaptation célèbre par John Ford. Un film dont j’étais tombée amoureuse par la poésie, la force et la nostalgie qui s’en dégageait. Des sentiments qui me sont revenus identiques à la lecture du texte.

Les Morgan ont toujours vécu dans la même vallée. Grande famille de 9 enfants (si je ne me suis pas trompée dans ce compte), dont 6 garçons, les générations se sont succédés dans la mine, rapportant un salaire qui permet une vie modeste mais riche d’amour, d’amitié et de solidarité. Au-dessus de cette marmaille, règnent la mère et le père, amoureux et terriblement taquins, vivant heureux entourés de leurs enfants, malgré les temps difficiles.

« Oui, c’était vraiment le bonheur ; nous avions bonne maison, bonne nourriture, bon travail. Le soir, rien ne nous appelait au-dehors sinon le culte à la Chapelle, une répétition du chœur, parfois une lecture en commun. »

Lorsque commence le roman, on découvre le narrateur qui est le plus jeune enfant de la famille, Huw Morgan (je n’ai jamais su comment le prononcer), six ans. On le quittera, une trentaine d’années plus tard alors que toute la famille est morte ou s’est dispersée. Car s’il décrit la paix qui règne et la joie d’une si belle famille, c’est aussi le début des problèmes et des premiers chocs entre mineurs et la Compagnie du Charbon qui baisse sans cesse les salaires.

« Allons sur la montagne, allons trouver la paix. »

La montagne est en effet un personnage à elle toute seule. On s’y réfugie pour être seul, on y fait des bébés, des meetings politiques. C’est aussi le seul passage pour quitter la vallée discrètement. Immuable, elle trône.

A travers une génération, Huw nous dresse le portrait d’une vie qui n’existe plus. Celle de l’honneur, de la bonté, de la joie, mais aussi celle qui chasse les jeunes femmes perdues, les commérages, etc. Une petite communauté que les luttes politiques vont déchirer malgré l’unité première.

Une communauté où l’école est lointaine, alors qu’elle représente le seul moyen de sortir des mines. Une école anglaise où il est interdit de parler gallois, alors que « les Anglais ne sont-ils pas stupides de construire des écoles pour les Gallois, d’exiger, sous peine de punition, qu’ils y parlent anglais, et de nejamais y faire donner un cours d’élocution afin d’enseigner la façon dont les mots doivent être prononcés ? » Ceci dit, on a pas fait mieux en France avec les langues régionales …

Les Anglais sont pourtant bien loin dans l’enfance de Huw, les ennemis étant plutôt représentés par la Compagnie du Charbon, de moins en moins paternaliste.

La fin d’un monde représenté par l’accumulation des déblais de charbon dans cette belle Vallée : « Le long de la route de la montagne, tels des dos d’animaux surgis du puits et enterrés là, les tas de déblais s’arrondissaient. Des arbres vivants s’y trouvaient ensevelis. Ici et là, les ajoncs y allumaient leur flamme d’or, et partout où le vent le permettait, l’herbe essayait d’y pousser. » Cette herbe, c’est l’espoir et la lutte des mineurs qui veulent sauver la vallée. Jusqu’à ce que les intérêts individualistes les perdent.

Huw, au moment de quitter la Vallée, n’accuse personne. Il regrette, se rappelle doucement, nostalgiquement, des plus beaux moments vécus ici, qui ne reviendront jamais.

C’est une formidable fresque, qu’il est difficile de rendre ou même d’essayer de résumer ici : naissances, morts, mariages, bonheur, misère, les événements se succèdent, et l’on vit chaque instant avec la famille Morgan, que l’on ne quitte qu’à regret 500 pages plus tard.

Un chef d’œuvre de beauté, de pureté, qui nous laisse une ombre nostalgique au fond du cœur pour ces temps révolus.

Je vous recommande donc de découvrir le roman, puis de compléter par le film qui est une très bonne adaptation.

***

best of the best