Livre reçu pour les Matchs de la rentrée littéraire de Price Minister, j’attendais avec impatience ce dernier roman de Laurent Gaudé, qui m’avait déjà fait rêver dans ses précédents romans, en particulier La Mort du Roi Tsongor et Le Soleil des Scorta. J’ai été surprise de ne pas en avoir entendu parler plus que ça au fil de cette rentrée littéraire, mais c’est vrai qu’il a déjà eu pas mal de prix …

Ce petit roman – 200 pages à peine – se lit en une seule fois, un seul souffle épique pendant lequel nous accompagnons les derniers instants d’Alexandre le Grand en -323, puis son cercueil au cours d’une aventure folle sur fond de déchirements entre ses compagnons : « Alexandre doit retourner à sa mère qui l’attend, qui hurlera à son tour, du haut des monts de Macédoine et ce cri s’entendra jusqu’aux confins de la terre. »

Laurent Gaudé, brodant juste ce qu’il faut, nous transporte de la Perse en Egypte puis en Inde, aux portes du royaume du grand conquérant; ajoutant une petite touche de fantastique et d’extraordinaire qui participe de la geste de cette grande épopée.

Le récit est fait par plusieurs voix : celle de Dryptéis, sœur de la deuxième femme d’Alexandre, qui va revenir pour ses derniers instants et lui rester fidèle jusqu’au bout ; celle d’un émissaire qu’Alexandre a envoyé en Inde quelques mois avant sa mort, pour défier un puissant roi indien, ce dernier sera tué là-bas mais son esprit revient pour raconter son exploit au conquérant. Enfin, la voix d’Alexandre, en transparence dans tous les récits, celle d’un homme aimé de tout son entourage et même plus, fauché à 33 ans par les fièvres : un homme qui se bat, « mais qui ne sait pas mourir ». Un homme qui fait rêver aujourd’hui encore, l’incarnation du conquérant invaincu sur les champs de bataille. La magie qui habite le roman semble être la force du souvenir du conquérant, même si sa violence n’est pas occultée (en même temps, à l’époque …).

C’est aussi le roman d’un monde qui s’effondre. Après la mort d’Alexandre, ses compagnons se divisent le royaume mais très vite cela ne leur suffit pas : « Le monde se disloque, Dryptéis … Et ils n’hésiteront pas à me déchirer. » Le cercueil du conquérant sera l’une des pommes de discorde, qui mènera à l’effondrement du royaume : « tant que le cortège parcourt le monde, Alexandre est là et il tient encore l’Empire, par son absence mais c’est une façon de le tenir. »

Je me questionne encore sur certains détails historiques du roman, cependant il m’apparaît que ce n’est pas le plus important ici (même s’il a su réveiller mon goût pour l’histoire et l’envie d’aller plus loin et de me replonger dans l’histoire du monde grec.) Ce qui compte c’est la manière de raconter de Gaudé, et en particulier la dernière scène, formidable, a su me conquérir totalement.

Un roman à découvrir absolument.

Ma note : 18/20

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best of the best