trouillot

Ce livre est arrivé entre mes mains par un heureux hasard !! J’avais dû le voir citer dans un magazine littéraire il y a un bout de temps, et je l’avais noté dans ma LAL. Et puis l’oubli complet. Un jour, un Hérisson vint chez moi, et surprise, elle m’offre ce beau roman d’Actes Sud, me disant qu’elle avait épluché ma LAL et que celui-ci m’avait tenté … Voilà comment on se retrouve avec une belle surprise … qu’on avait demandé ! 😀

Bref après cette petite introduction hors de propos, j’en reviens à l’essentiel, c’est-à-dire le très beau moment que j’ai passé à la lecture de ce roman, qui a illuminée plusieurs trajets de RER.

S’articulant en deux parties de longueurs inégales, le roman prend la forme de deux monologues : celui d’un chauffeur de taxi haïtien qui conduit une Occidentale dans un village reculé; et celui de cette jeune femme Anaïse. Or il se trouve qu’Anaïse est à la recherche de la famille de son père, qui adolescent l’a fuit pour ne plus jamais y revenir. A la recherche de ses racines, elle a donc décidé de retourner à la source de tout, et surtout intriguée par la mort mystérieuse de son grand-père, dans un incendie qui détruisit sa maison et celle de son complice en exactions, un colonel à la retraite; inséparables au point de faire construire deux maisons jumelles à l’écart du village, et d’y mourir ensemble …

« Oui, deux hommes sont morts, deux maisons ont brûlé. Mais est-ce là le plus important ! Un jour, vous aussi vous mourrez. Quand viendra l’heure, posez-vous la question qui compte ! : « Ai-je fait un bel usage de ma présence au monde ?  » Si la réponse est non, ce sera trop tard, pour vous plaindre comme pour vous changer. Alors, n’attendez pas. Les circonstances de la mort n’offrent pas de clé pour comprendre. La mort demeure pour le vivant la plus banale des occurrences, la seule qui soit inévitable. La mort ne nous appartient pas, puisqu’elle nous précède. Mais la vie … »

Comme vous pouvez le lire dans l’extrait ci-dessous, cette histoire n’est finalement qu’un prétexte pour Thomas, le principal monologueur, pour raconter la vie de ce village, la manière très pure et détachée des habitants qui y vivent, et la façon dont il voit sa propre vie. Le monologue qui s’adresse directement à la jeune femme assise dans sa voiture donne une grande force à ce récit, car il semble nous interpeller directement et nous interroger sur notre conception de la vie et du bonheur. Car la manière dont il décrit la vie des habitants de L’Anse à Foleurs semble attaquer directement les modes de vie occidentaux, en particulier lorsque Thomas évoque le comportement des touristes.

« Il n’y a rien d’exceptionnel à donner naissance à des choses qui préfigurent le bonheur ou veulent en fixer la beauté. Même dans les pays d’où tu viens on oublie de sourire à la lumière du jour et de prendre le temps de saluer le passant. »

Puis c’est le tour d’Anaïs elle-même de parler et elle m’a touchée en particulier en évoquant sa mère et la vie protégée que celle-ci lui a toujours prodiguée : « La seule liberté qui m’aura manqué, c’est la solitude d’une vraie blessure et la découverte par moi-même de choses hors de ma personne qui valent la peine. »

C’est toute la question des buts que l’on peut avoir dans la vie, souvent déterminés par nos idéaux. Or dans la société moderne, on nous offre tout le confort sans que l’on fournisse un seul effort et on nous met des œillères qui nous permettent de vivre en toute tranquillité sans se poser de questions ni imaginer se battre pour quelque chose. Cette réflexion me venait lorsque je lisais des romans sur la Seconde guerre mondiale, et jusqu’aux années 80, où les gens se sont battus pour de grandes causes. Aujourd’hui l’individualisme est encouragé. C’est pour cela que je ne suis pas d’accord avec une des phrases de Trouillot : Anaïs, lorsqu’elle évoque sa jeunesse, dit : « Le problème avec les causes et les motivations, ce n’est pas de n’en avoir adopté aucune quand on avait vingt ans, c’est de les perdre à quarante … » Or il me semble bien plus terrible de n’avoir aucune motivation, aucune raison de se battre à vingt ans, quand on a toute l’énergie, la vivacité et la vie devant nous, qu’à quarante … Car pour moi il vaut mieux se demander au début de sa vie, “Quel usage faut-il faire de sa présence au monde ?”, que quand il est trop tard pour faire quoi que ce soit …

Au bout du compte, Lyonel Trouillot nous offre un roman d’une grande qualité, empreint d’une poésie rare, et mettant une scène une fraternité et une harmonie entre les hommes qui fait rêver …

« Toute personne devrait pouvoir être l’aide-bonheur d’une autre personne. « 

En bref un hommage à la vie, à la beauté et un texte qui m’a beaucoup apporté et qui m’a fait aborder des réflexions clés sur la manière de mener sa vie …

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Babelio ABC

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