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Le titre de ce roman de Jean-Paul Kauffmann dit tout et ne dit rien : remonter la Marne … Tout un programme, de Charenton-le-Pont où elle se jette dans la Seine, à Balesmes-sur-Marne où elle prend sa source : c’est cette portion du territoire français que l’auteur décide de parcourir, à pied, en prenant son temps.

« La Marne, déni français. Tous est fait pour la déconsidérer. (…) Pour les Français, la Marne est avant tout le nom d’une bataille. »

Ni la plus belle des rivières, ni la plus grande, ni la plus longue, la Marne est pourtant un cours d’eau fascinant : sur 525 kilomètres, elle déroule son lit, passant à travers des villes plus ou moins célèbres, comme Saint-Dizier, Châlons-en-Champagne, Meaux, Nogent, Créteil, Saint-Maur-des-Fossés. Elle n’est plus navigable aujourd’hui que depuis Épernay et jusqu’à son confluent avec la Seine.

C’est donc dans ce périple un peu fou que se lance l’auteur, et c’est de ce périple qu’il a fait ce roman, où nous le suivons pas à pas tout au long de son parcours. Nous y découvrons des paysages, des gens, des histoires, dont l’auteur nous abreuve amplement, passionné qu’il est par l’Histoire et la Géographie. A travers son récit, on se replonge en effet dans nos cours de géo de primaire et de collège, retrouvant les termes qui ne nous parlaient pas à l’époque et qui prennent tout leur sens d’un coup. Amont, Aval, bras mort, etc. Mais nous découvrons aussi une France sinistrée : villages aux devantures vides, églises fermées, communes démeublées, paysans ou agriculteurs aigris et parfois méfiants envers la rivière, traces de guinguettes disparues, baignades interdites.

« Remonter la Marne, ce n’est pas revenir en arrière et pleurer le passé, mais au contraire se perdre, chuter pour mieux renaître.

Aller dans le sens inverse du courant est un choix qui d’emblée s’est imposé à moi; je n’ai pas songé un seul instant à partir de la source. Le fleuve qui s’écoule est tellement associé à la direction du temps- à l’instar de la flèche qui indique un sens irréversible-que je me demande si cette idée d’aller à contre-courant ne traduit pas un désir inconscient de revenir en arrière, au début. Une anabase, un retour, une expédition vers l’intérieur, remontée aventureuse vers la patrie perdue que vécurent les Dix Mille au temps de Xénophon.Tout, dans ce voyage, invite à la réversibilité.La rivière descend inexorablement vers sa disparition, j’avance vers son commencement. Hölderlin note que « la rivière n’oublie jamais sa source car, en s’écoulant, elle est la source d’elle-même. »

La narration itinérante est parsemée d’évocations de grands écrivains français sur leurs lieux de vie ou d’expression de leur art : Bossuet (Meaux), La Fontaine (Château-Thierry), André Breton (Saint-Dizier), Diderot (Langres).

Au final un roman lumineux malgré la grisaille des paysages marnais, un texte illuminé par la plume de l’auteur qui transcende cette noirceur pour chercher les points forts cachés de cette rivière oubliée. Un texte qu’on ne peut parcourir sans intérêt, et sans émotion. D’autant que cela fait 4 ans que j’habite à quelques centaines de mètres de cette Marne, si magnifique près de chez moi, et que j’apprécie chaque jour. Alors si vous ne la connaissez, n’hésitez plus ! Mais avant, lisez Jean-Paul Kauffmann …

bords de marne

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