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Hawai, 1892. Rachel Kalama, petite Hawaïenne de sept ans à l’esprit vif et malicieux, rêve de visiter des contrées lointaines à l’image de son père, qui officie dans la marine marchande. Jusqu’au jour où une tâche rosâtre apparaît sur sa peau, et où ses rêves d’ailleurs s’envolent aussi sec. Arrachée à son foyer et à sa famille, Rachel est envoyée à Kalaupapa, campement de quarantaine pour lépreux installé sur l’île de Moloka’i. C’est là que sa vie doit se terminer. Mais Rachel est chanceuse et en réalité, une longue vie s’ouvre devant elle … Une belle manière pour l’auteur de nous dépeindre des décennies de vie sur cette île particulière où une population entière est maintenue à l’écart de tout. Suivre Rachel nous permet de prendre conscience de la façon dont les lépreux ont été traités au cours du XIXe et du XXe siècle, les améliorations qui ont été apportées à leurs conditions de vie, et leur place dans la société.

Au contraire de ce que l’on pourrait penser, le thème n’est pas glauque, ou plutôt si il l’est, et certains passages sont durs à lire, mais Alan Brennert ne cède pas à la tentation des détails inutilement horribles. Il dépeint simplement l’évolution d’une maladie – certes atroce – mais une simple maladie. Sa plume est extrêmement suggestive et nous plonge dans les sensations mêmes des lépreux.

En bref un texte atypique, sur un thème qui n’a rien de glamour, mais très intéressant et qui célèbre les valeurs de l’amour, de l’amitié et de la famille. Un bel hymne au courage et à la liberté.

« Débordant de chaleur, d’humour, de compassion, et fort d’une galerie de personnages campés à merveille, ce chef-d’œuvre de narration nous parle d’un peuple qui, face à la terrible réalité de la mort, a choisi la vie. »

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Note historique (!)

La léproserie de Moloka’i est la plus ancienne des États-Unis, et devint connue grâce au travail qu’y fit le Père Damien, que nous rencontrons au cours du roman. Missionnaire volontaire pour cette sinécure, il mourra lui-même de la lèpre en 1889. Mais avant il œuvra en construisant une vraie communauté avec une église, des chemins, un hôpital, une école, un orphelinat, et organise la vie sociale et éducative comme religieuse de ses lépreux. Il y est acclamé comme un héros.

Lorsque Hawaï accède à la fédération des États-Unis, ce sont les statues du roi Kamehameha (1959) et du Père Damien que ce nouvel état choisit de placer au Capitole de Washington comme « personnes ayant joué un rôle important dans son histoire ».