maddadam

Une peste créée par l’homme a ravagé la Terre. Les rares survivants forment une communauté avec une espèce inoffensive, fabriquée pour remplacer les humains, les Crakers. À sa tête, un couple au passé tumultueux, Toby, experte en champignons et abeilles, et Zeb, mangeur d’ours et fils d’un prêcheur maléfique. Dépositaire et garante de la mémoire, Toby transmet aux Crakers, curieux comme des enfants et avides de légendes, l’histoire des hommes. Au contact les uns des autres, humains et Crakers posent les fondements d’un nouveau monde…

Maddadam clôt le cycle commencé par Margaret Atwood avec Le Dernier Homme et Le Temple du déluge.

Après La servante écarlate, dystopie passionnante, je me suis donc replongée dans l’univers extraordinaire de cette auteur canadienne essentielle. Alors certes je n’ai pas lu les deux premiers tomes, ce qui peut sembler gênant. Mais en réalité, après avoir relu deux ou trois fois le résumé proposé au début du roman, je me sentais fin prête à attaquer cet opus original.

Grossière erreur car rien n’aurait pu me préparer à un tel assaut de claques littéraires : le roman de Margaret Atwood est décapant, totalement fou, d’un imaginaire flamboyant et terrifiant qui nous laisse K.O. à la fin du texte. A la fois récit d’aventures et histoire d’amour, pamphlet politique et écologique, réflexion sur la science et la religion, la sexualité et le pouvoir, elle nous offre un roman universel, complet, qui nous transporte, nous prend aux tripes, sans oublier de nous faire rire – en particulier avec les personnages des Crakers, êtres créés de toute pièce, d’une intelligence étrange, qui obéissent plus à leurs instincts qu’à leur côté humain, et qui donnent une partie de la saveur du récit.

Mais ce côté humoristique ne doit pas nous faire oublier le message qu’il y a derrière toute dystopie. « Les livres sur le futur parlent de nous, ici, maintenant, et de nos rêves », nous dit l’auteur elle-même.

En passant, Atwood invente toute sorte de mots, dynamitant le langage, déstabilisant le lecteur sans pitié en ajoutant des majuscules à tous les mots. Une richesse d’écriture qui fait plaisir après la fadeur de certains romans de littérature contemporaine. Exemple :

« Maintenant, je vais vous raconter l’histoire de la naissance de Zeb.
Vous n’avez pas besoin de chanter.
Zeb n’est pas venu de Crake, pas comme Snowman. Et il n’a pas été fait par Oryx, pas comme les lapins. Il est né de la même façon que vous. Il a grandi dans une grotte en os, comme vous, et il est sorti par un tunnel en os, comme vous.
Parce que sous nos peaux de vêtements, nous sommes comme vous. Enfin, presque (…)
Je ne crois pas qu’on ait besoin de discuter des pénis bleus maintenant.
Je sais qu’ils sont plus longs. Merci de le faire remarquer. »

Et bien sûr il est important de noter que ce style exceptionnel a été magnifiquement traduit. Il convient donc de saluer le traducteur, qui a dû faire un travail titanesque pour réussir à rendre tous les jeux de langage de l’auteur … Pour moi la science-fiction est LE genre le plus difficile à traduire car le traducteur a un travail créatif essentiel qui sera déterminant pour que le roman soit apprécié d’un bout à l’autre du monde.

Une découverte à faire pour tous les amateurs de dystopie, adeptes de cosmogonie foisonnante, et pour tous les amoureux de la littérature en général !

 

PS : pour ma part, comme j’aime faire les choses bien, je vais recommencer le cycle depuis le début, pour mieux savourer ce dernier tome !

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A NOTER :

  • Les droits télévisuels de la trilogie ont été acquis par HBO, la chaîne phare des séries les plus populaires.
  • Elle est la première romancière à se lancer dans une aventure un peu folle: le projet « Future Library » (bibliothèque du futur), imaginé par la jeune auteure écossaise Katie Paterson. Mille arbres ont été plantés cet été près d’Oslo. Ils seront coupés dans 100 ans pour fournir le papier de cent livres.

    D’ici là, chaque année, un écrivain sera invité à ajouter un nouvel ouvrage à cette collection tenue secrète. Et le livre de Margaret Atwood, comme ceux de ses 99 successeurs, ne sera lu qu’en 2114… (source : Le Point)