mudwomanMeredith avait quelques années seulement quand elle a subi la plus terrible des violences : sa mère, demi-folle, l’abandonne dans une rivière boueuse, un jour terrible qu’elle n’oubliera jamais et qui lui apparaîtra toujours dans une terreur confuse. Sauvée puis adoptée par un couple aimant, elle se retrouve, plusieurs décennies plus tard, la première femme présidente d’une université de grand renom. Elle est reconnue pour sa sagesse, sa stabilité et sa compétence. Jusqu’au jour où elle se retrouve au bord d’une rivière boueuse, et où elle voit toute cette prétendue stabilité se désagréger pour laisser transparaître ce qu’elle est toujours : Mudgirl, devenue Mudwoman. Une fille de la boue. Portrait intime d’une femme forte, qui se voit pourtant sombrer peu à peu dans la folie, Mudwoman est clairement signé Joyce Carol Oates.

On y retrouve ses thèmes de prédilection : la femme – fragile, en proie aux doutes et au monde extérieur ; le monde universitaire – sans cesse décrié dans ses travers arrivistes – ; la famille – jamais traditionnelle, qui cache souvent de lourds secrets. Malgré ces thèmes récurrents, Oates parvient pourtant à faire de chacun de ses romans une entité particulière qui s’inscrit dans une plus vaste trame englobant toute son œuvre. Sans cesse elle explore, avec finesse, intelligence et clarté, les méandres de la psychologie humaine, confrontée à l’horreur, à la limite de la déraison. Et pourtant ses personnages tentent de s’en sortir, à la recherche de l’amour, encore et toujours, un amour qu’ils trouveront rarement.« Car c’était le point central de la vie de Mudwoman : être admirée, aimée. »

Mais il n’y a pas de fin heureuse chez Oates. Il n’y a souvent que quelques réponses à nos questions et une fin ouverte, qui satisfait à peine le lecteur, mais où il arrive tout de même avec bonheur, heureux de sortir de cette trame noire et parfois sordide. Dans ce cas-ci, j’ai eu l’impression de me débattre, aux côtés de Meredith, dans la boue noire et collante qui l’a baptisée quand elle était toute petite.

Une boue dont je n’ai réussi à me défaire durant toute la lecture, et qui me laisse un arrière-goût amer depuis que j’ai terminé ce roman. Je m’étais déjà fait la réflexion une fois : je ne suis pas sûre d’adhérer à ce type de roman, ni même au style de l’auteur, même si je reconnais la qualité des deux. Je sais que JCO suscite l’enthousiasme et la fascination, mais j’avoue passer à côté. J’ai décidément besoin d’un peu plus d’optimisme et de lumière dans mes lectures …

A vous de voir ce que vous voulez y trouver.

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prix lectrices 2014