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Quel roman époustouflant ! J’ai découvert Steinbeck – comme beaucoup – avec La Perle, petit roman court et intense qui permet de rentrer rapidement dans l’univers et la plume de l’écrivain. Mais il m’a semblé qu’avec A l’est d’Eden, on rentrait dans la cour des grands : en quelques 700 pages bien tassées, John Steinbeck nous fait entrer dans son monde, à travers une vaste fresque splendide, sur le thème du bien et mal, et de leurs rapports complexes.

En suivant l’histoire d’une famille, les Trask, il va en effet tracer un portrait splendide de l’Amérique profonde, en zoomant sur la vallée de la Salinas, en Californie du Nord. Nous y découvrons d’abord Adam, épris de calme. Charles, son demi-frère, dur et violent, Cathy, la femme d’Adam, un monstre camouflé derrière sa beauté, et enfin leurs enfants, les jumeaux Caleb et Aaron.

En filigrane, nous suivons également la famille Hamilton, qui semble évoluer en miroir totalement opposé par rapport aux Trask. Par ailleurs Steinbeck descend des Hamilton : le roman peut donc être aussi vu sous un angle partiellement autobiographique, même si ce n’est pas tout ce qui compte.

Petit à petit, on s’attache à chacun d’entre eux, même les plus infâmes, car John Steinbeck ne les épargne pas, nous montrant ce qu’il y a de plus sale en l’homme.
« Nous n’avons qu’une histoire. Tous les romans, tous les poèmes, sont bâtis sur la lutte incessante que se livrent en nous-mêmes le bien et le mal. Le mal doit être constamment ressuscité, alors que le bien, alors que la vertu sont immortels. Le vice offre toujours un visage frais et jeune, alors que la vertu est plus vulnérable que tout au monde. « 

Et pourtant, si c’est l’idée que cela peut vous donner, on est très loin d’un manichéisme tranché : la beauté du roman tient justement dans la nuance, la subtilité de l’analyse des personnages par Steinbeck, en particulier pour Caleb, qui est le plus ambivalent, le plus mystérieux, et le plus poignant.

 » La meilleur façon de décrire les deux garçons tient peut-être de cette image :
si Aaron découvrais une fourmilière dans dans clairière, il s’allongeait sur le ventre et observait la vie des fourmis.le transport des dentées alimentaires et les œufs blanchâtres, les conversations entre membres de la communauté, par le truchement des antennes. Il pouvait rester des heures à observer le monde des tout petits.
Mais si Caleb découvrait la même fourmilière, il la frappait a coup de talon et il observait la fuite des fourmis affolées par le cataclysme.

Aaron était heureux de faire partie du monde, mais Caleb voulait le transformer. »

J’ai donc été littéralement happée par cette histoire, cette écriture sublime et les thèmes abordés, ambitieux et magnifiquement traités : l’amour, l’honnêteté, l’individualisme, la liberté, le courage, la difficulté d’être soi-même. Tout est évoqué, analysé, et rien n’est simplifié. En bref un roman sur l’Homme, et sur la condition humaine, où les âmes sont mises à nu. Une fresque épique à découvrir, dont vous ressortirez envoûtés …

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A NOTER :

  • Le titre est une allusion au verset biblique relatant la fuite de Caïn, après le meurtre d’Abel. « Caïn se retira de devant l’Éternel, et séjourna dans le pays de Nôd, à l’est d’Éden. »
  • Par la suite, j’ai vu qu’il avait été adapté en film, par Elia Kazan avec James Dean, mais si le film est très beau, il a le défaut de ne traiter que la dernière partie du roman … Or cette partie ne prend vraiment sens que si elle s’inscrit dans la longue série des actes de la génération précédente.