delerm

 

A cinquante ans, Marie vient d’être quittée par son mari et se retrouve déboussolée. A l’occasion d’un voyage en Bretagne, où elle pense se ressourcer et retrouver goût à la vie et à l’écriture, elle va faire la rencontre de jeunes théâtreux qui ne semblaient attendre qu’elle pour monter un spectacle … L’occasion rêvée de montrer qu’elle vaut encore quelque chose, qu’elle peut rebondir et que sa vie n’est pas finie … Alors que Philippe Delerm nous avait plutôt habitué à des textes courts, voire très courts (cf. « Je vais passer pour un vieux con »), il renoue ici avec la forme romanesque, plus longue, plus fournie. On m’avait d’ailleurs mise en garde, en me disant que la qualité n’était pas au rendez-vous, et pour moi qui n’était pas une spécialiste de Delerm, qu’il ne fallait pas que je juge sur ce seul texte. Or j’avais été plutôt sévère avec son précédent recueil, et pour le coup je tends plutôt vers l’indulgence pour ce roman !

En effet, je me suis laissée lentement embarquer dans cette histoire de théâtre, et surtout j’ai poussé Marie de toutes mes forces à faire ce qu’elle avait envie de faire. Même si parfois ses efforts semblent dérisoires aux yeux de ses proches, son courage est salutaire. Et l’acte final (que je ne dévoilerai pas ici) le montre : Marie est un Personnage romanesque par excellence, qui ne peut transiger avec la littérature, l’amour et la beauté. Un Personnage de cinéma aussi puisque Philippe Delerm démarre son texte en évoquant une musique de film. Comme il le dit lui-même « beaucoup de vies sont accompagnées ─ ou pourraient l’être ─ par une musique de film. »

Personnage romanesque donc, tout au long du roman, Marie marche sur un fil, comme nous tous, au jour le jour et envers et contre tout … un fil qui mène au bonheur ? Peut-être oui mais alors le vrai bonheur, pas celui dont on parle partout à la télévision, à la radio, qui fait l’objet d’un véritable phénomène éditorial, comme veut nous le faire comprendre l’auteur …

« Partout dans les journaux, les publications, sur les chaînes de télévision on ne parle que du bonheur. Je pense que le bonheur n’est pas une morale applicable en toutes choses. Aujourd’hui il y a une inflation du bonheur. Lorsque je suis à Paris, comme Pierre, je n’entends que des gens qui parlent fort et expriment leur bonheur de travailler, de vivre, de partir en vacances… Ils parlent trop fort pour parler vrai. Tout le monde est ivre d’un faux bonheur, les autres doivent se taire. « 

Sans être un grand livre, c’est donc un texte agréable à lire, doté de quelques réflexions très justes sur la littérature, le théâtre, sur l’édition (l’éparpillement étant peut-être du coup son principal défaut, qui peut déranger.)