fille hiver

Ce roman fait partie de ceux qui me regardent (si si j’ai parfois l’impression que c’est le cas) du haut de mon étagère des services presse, me donnant mauvaise conscience de ne pas les avoir lus avant. Voici donc 2 ans qu’il me fait les yeux noirs, jusqu’à ce que finalement je cède en cette fin d’année 2014 …

Et pourtant je l’avais demandé à l’époque parce que l’histoire me semblait intéressante, mettant en scène une bibliothécaire (!). De plus, Philip Larkin est un des grands poètes anglais du XXe siècle (connu et reconnu après sa mort seulement, grâce à son éditeur) et j’étais curieuse de découvrir sa prose, puisque ce texte est son deuxième et dernier roman. Et pour ces deux aspects, je n’ai pas été déçue.

Jeune femme un peu mystérieuse, Katherine Lind est une Allemande réfugiée en Angleterre, en pleine Seconde guerre mondiale. Elle y survit, solitaire, avec pour seul horizon quotidien son travail dans une bibliothèque sombre et poussiéreuse de province. Alors certes les bibliothèques et les bibliothécaires ne sont pas à l’honneur dans ce roman, mais Philip Larkin a été bibliothécaire longtemps donc je suppose qu’il retrace fidèlement l’univers des bibliothèques qu’il a connues …

Car tout au long d’un hiver impitoyable, Katherine s’y ennuie, s’y gèle, soumise à un chef stupide et tyrannique, à des collègues délatrices, avec lesquelles aucune amitié ne peut se nouer. Seule, elle repense alors à son correspondant anglais, avec qui elle avait entretenu une longue correspondance lorsqu’elle était au collège, et à qui elle avait rendu visite durant un long été. Se remémorant cet été, elle tente de dissocier les souvenirs et de discipliner sa mémoire qui lui tend un miroir déformé des événements. Pourtant, elle garde une bonne image de la famille qui l’a accueillie, en particulier de Robin, son correspondant, qui lui demande, dix ans plus tard, de se revoir, à quelques jours du Débarquement …

Au cœur du monde terne, froid, qu’est celui de Katherine, la poésie de Philip Larkin explose, sous la forme d’une petite musique envoûtante, pour rendre ce récit introspectif très touchant. A travers des instants choisis, des émotions et des pensées qui ont touché la jeune Katherine, personnage timide, l’auteur déroule son texte, lentement, se rapprochant ainsi de certains romans anglais, où l’action est nulle mais laisse le lecteur savourer tranquillement les mots, choisis et raffinés. Une lenteur – presque une langueur – nécessaire pour l’analyse des personnages, des caractères, des mobiles de chaque acte.

Un beau roman donc, abouti, plein d’une poésie languissante qui est le support parfait de la vie de Katherine, rêvant du paradis perdu …