le messager

Après La Voleuse de livres (que je vous conseille à la fois de lire, puis de visionner le film), j’attendais avec impatience la sortie du nouveau roman de Marcus Zusak, voix littéraire australienne très intéressante. Avec Le Messager, Zusak a parfaitement répondu à mes attentes, produisant un texte original, bien mené et addictif. Mais surtout surprenant.

« 1. À l’âge de dix-neuf ans, Bob Dylan était un interprète aguerri de Greenwich Village, à New York.
2. Salvador Dalí avait déjà produit plusieurs œuvres exceptionnelles, picturales et révolutionnaires, à l’âge de dix-neuf ans.
3. Jeanne d’Arc était la femme la plus recherchée du monde à l’âge de dix-neuf ans, parce qu’elle avait déclenché une révolution.

Et puis il y a Ed Kennedy, également âgé de dix-neuf ans…
Juste avant le hold-up, je faisais le bilan de ma vie.
Chauffeur de taxi – et encore, j’avais triché sur mon âge (il faut avoir vingt ans).
Pas vraiment de métier.
Aucune réputation dans le quartier.
Rien. »

Tout comme la vie de la Voleuse fut changée le jour où elle arriva rue du Paradis, celle d’Ed Kennedy, paumé de 19 ans, chauffeur de taxi sans envergure, sans avenir, devient intéressante lorsqu’il intervient durant le braquage d’une banque, faisant ainsi figure de héros. A partir de ce jour, il va recevoir de mystérieuses cartes à jouer sur lesquelles sont seulement inscrits trois noms. Très rapidement Ed comprend que les noms sont ceux de personnes à aider, d’une manière ou d’une autre. De la femme violée tous les soirs par son mari, à la famille qui n’a pas assez d’argent pour passer un beau Noël, en passant par des frères ennemis qui font le désespoir de leur mère, des multitudes d’histoires passent sous nos yeux, esquissées en quelques lignes par le conteur efficace qu’est Marcus Zusak.

La construction du récit reposant sur la réception des cartes par Ed, le lecteur est pris dans la tension liée au personnage, qui se sent manipulé d’un bout à l’autre du récit, sans comprendre pourquoi. Néanmoins cette montée en puissance étant admirablement menée, on prend plaisir à voir Ed évoluer, faisant du Message un véritable roman d’apprentissage. « Et voilà que j’ai changé les choses. J’ai laissé mes empreintes sur le monde. »

Tout comme dans La Voleuse de livres, Marcus Zusak ne fait pas fi des réalités sociales et culturelles dans lesquelles il fait évoluer ses personnages, même s’il ne peut s’empêcher d’y rajouter une petite touche de magie …

En bref un roman incroyablement mené, au rythme de thriller, qui vous emportera efficacement dans un monde où on peut espérer que les gens changent et où les bons samaritains existent …