kim

Le roman de Rudyard Kipling est devenu, un siècle après sa parution en feuilleton aux États-Unis, un véritable classique. On y découvre le jeune Kim, fils d’un soldat irlandais, qui se retrouve orphelin et grandit dans les rues poussiéreuses de l’Inde de la fin du XIXe siècle. Bruni et tanné par le soleil, il se fait facilement passer pour un petit hindou, même si au fond de lui-même il sait qu’il est Européen. Un jour il rencontre un étrange lama, à la recherche d’une mystérieuse rivière. Décidant de l’aider, Kim se trouve mêlé aux événements qui frappent le continent indien, en particulier liés au conflit larvé entre Russie et Grande-Bretagne se disputant l’Asie. Roman d’apprentissage par excellence, Kim est aussi roman d’aventures, roman d’espionnage et roman spirituel ! En effet, au travers de toutes les expériences du jeune Kim, à travers l’Inde multiculturelle, ce dernier est en réalité à la recherche de son identité, disloquée entre l’héritage de ses parents et cette terre indienne qu’il aime tant (recherche qui renvoie à celle de l’auteur, né en Inde et sommé d’accepter une identité anglo-indienne alors que par la suite il n’y a passé que peu de temps …).

« Je suis Kim. Je suis Kim. Et qu’est-ce que Kim ? » Cette question revient sans cesse dans le roman, comme une antienne sans cesse répétée.

Partir à la suite du lama, dans sa propre quête initiatique, va d’ailleurs le conduire bien plus loin qu’il ne le pense dans la réponse à cette question.

A l’aise partout et avec tout le monde, il est également la figure typique du gamin des rues, malin et débrouillard, qui se sort de toutes les situations, en particulier par sa profonde connaissance de la psychologie humaine.

« En atteignant l’âge de déraison, il apprit à éviter les missionnaires et les hommes blancs de mine sérieuse qui lui demandaient qui il était et son métier. Car Kim ne faisait rien, ce dont il s’acquittait avec un succès immense. »

Cependant, si Kipling ne nie pas toute la réalité du pays, il en dresse tout de même un portrait biaisé, non objectif : celui d’un sous-continent heureux d’être sous la domination anglaise. Une accusation sans cesse réitérée, Orwell n’hésitant pas à le juger comme un « prophète de l’impérialisme britannique ». Malgré cela, c’est aussi un témoin essentiel pour comprendre l’état d’esprit des Britanniques pendant la période coloniale. Et cela n’empêche pas de reconnaître son génie narratif qui lui donne toutes les lettres de noblesse nécessaires pour être reconnu comme un grand écrivain, récompensé par le Nobel de Littérature en 1907.

Un génie qu’il démontre dans chaque page de son Kim, nous entraînant dans l’Inde de son enfance, une Inde en cours d’industrialisation forcée, en remorque de l’Empire britannique. Une Inde qu’il décrit magnifiquement, de Delhi aux contreforts de l’Himalaya. Une Inde encensée par Kim, qui aime ce pays plus que tout et plus purement que tous, car il refuse de choisir un camp.

« Contemple, Saint Homme – la grand-route, c’est l’échine même de tout le pays de Hind. Elle est en grande partie ombragée comme ici, par quatre rangées d’arbres (…) Ici cheminent toutes les castes et tous les hommes de la terre. Regarde ! Brahmanes et chumars, banquiers et chaudronniers, barbiers et bunnias, pèlerins et potiers – le monde entier qui vient et s’en va. Cela me paraît un fleuve qui ne m’emporte plus, me laisse au bord comme un tronc d’arbre après la crue. »

En conclusion, un beau roman, bien ancré dans son époque et qui nous sert donc de document sur l’Inde de ces années-là, même s’il est à prendre avec précaution, et n’est parfois pas facile d’accès pour un lecteur du XXIe siècle. Néanmoins un classique assurément à découvrir.

PS : j’ai aussi appris que « le jeu de Kim », jeu de mémorisation bien connu des centres de loisirs, vient de ce roman, où il est décrit.