océan chemin

J’ai découvert Neil Gaiman il y a quelques années, avec son roman American Gods. Mêlant réalité et fantastique, violence et conte, ce texte ne m’avait pas plu et je l’avais arrêté assez rapidement. J’étais restée sur cette expérience lorsqu’en 2010, alors que j’étais en stage dans une bibliothèque anglaise, j’ai pu assister à la remise de la Carnegie Medal (haute distinction de littérature jeunesse en Angleterre), qui fut remise cette année-là à Neil Gaiman pour The Graveyard Book, traduit sous le titre de « L’étrange vie de Nobody Owens ». A partir de cette lecture, un chef d’oeuvre du genre fantastique que j’ai adoré, je suis devenue une des nombreuses fans de l’imaginaire et de l’écriture de cet auteur : avec un talent de conteur magique, il nous transporte dans des mondes étranges, pas toujours cohérents, dans lesquels des personnages bizarres évoluent, pour notre plus grand bonheur. Je l’associe désormais souvent dans mon esprit à Tim Burton. Grâce aux éditions Au Diable Vauvert, j’ai eu la chance de rencontrer l’auteur (en visite à Paris pour la première fois depuis 12 ans) lors d’une conférence de presse, où je me suis laissée séduire par sa gentillesse, sa bienveillance, son écoute et son humour typiquement britannique. Nous déclarant par exemple qu’il est « la personne la plus heureuse du monde car personne ne l’arrête de faire ce qu’il veut, ce qu’il aime«  !

Mais revenons-en au roman ! L’Océan au bout du chemin est très représentatif de son œuvre toute entière. Au départ une simple nouvelle écrite pour sa femme qui voyageait alors à l’autre bout du monde – comme il le dit à son éditeur « I have accidentally written a novel, sorry »  – ce roman a rapidement pris la tête des listes des best-sellers aux États-Unis et en Angleterre.

A l’occasion d’un enterrement d’un membre de sa famille, le narrateur revient dans son village natal. Il éprouve alors un besoin irrépressible de retrouver les lieux de son enfance, en particulier la maison d’une petite voisine, Lettie, avec qui il a passé beaucoup de temps. Mais ses souvenirs sont flous, jusqu’à ce qu’il arrive devant une mare derrière la maison de son amie, que celle-ci appelait « l’océan ». Il se remémore alors l’été de ses 7 ans, qui a commencé par un suicide et puis des événements mystérieux …

« Les souvenirs d’enfance sont parfois enfouis et masqués sous ce qui advient par la suite, comme des jouets d’enfance oubliés au fond d’un placard encombré d’adulte, mais on ne les perd jamais pour de bon. »  Il suffit donc que le narrateur soulève un coin du voile pour que tout lui revienne, et qu’il nous raconte ainsi une très étrange histoire, peuplée de magie, de monstres, de sorcières … pas tout à fait comme les autres !

A la manière d’un conte, Neil Gaiman nous transporte au cœur d’un monde à hauteur d’enfant, un monde que les adultes ne peuvent pas voir, ni comprendre, et où le narrateur va devoir trouver du courage au fond de lui-même pour l’affronter et vaincre. Mais pour autant, L’Océan au bout du chemin n’est pas un livre pour les enfants: peuplé de créatures effrayantes, violentes, impitoyables, le conte tourne vite au cauchemar.

Un conte pour adultes donc, qui m’a envoûtée d’un bout à l’autre, et que je ne peux que vous conseiller ..