asher lev

Asher Lev était tout, sauf destiné à devenir un grand artiste ! Jeune Américain élevé dans la plus pure tradition juive, celle des hassidiques, il ne fréquente que sa communauté, va à l’école juive, parle le yiddish. Mais Asher Lev a un don : celui du dessin. Il dessine tout ce qu’il voit, interprétant ses peurs, ses hésitations, ses faiblesses, et cela dès ses 4 ans. « Baigner le monde entier dans l’ombre et la lumière. Faire vivre tout ce qui est épuisé dans le monde. Cela ne me semblait pas impossible. » Mais un tel don n’est pas du goût de son père, qui se donne pour la communauté hassidique et ne voit le dessin que comme un passe-temps, pratiquement impie, qui ne devrait pas prendre le pas sur la religion. La rupture entre le père et le fils semble inévitable … Je suis totalement tombée sous le charme de ce petit garçon qui nous raconte son monde à hauteur d’enfant. Avec une acuité rare et un vrai don d’observation, il nous fait entrer dans un quotidien fait de prières, d’entraide et de dévouement à la communauté. Pourtant, alors même qu’il se bat pour continuer à dessiner, ce qui fait sa vie, il ne remettra jamais en cause les dogmes de cette communauté : jusqu’au bout il portera les papillotes, longues mèches traditionnelles, jusqu’au bout il fera ses prières, il respectera ses parents dans leurs croyances. Mais la force de son don est plus puissante que tout le reste. Au point qu’il en viendra, presque malgré lui, à dynamiter ces croyances, pour vivre sa passion jusqu’au bout : « L’artiste doit avoir une volonté d’acier. Il faut qu’il soit obsédé, intoxiqué par l’idée qu’il veut exprimer. » Car l’art est une religion à part entière, qui demande un sacrifice total. Pour ce faire il faudra qu’il se libère de son passé et de l’autorité du père, sans perdre ceux qu’il aime.

Le roman de Chaïm Potok est impressionnant par son ton extrêmement juste, jamais dans le pathos, le larmoyant, ce qui en fait un roman initiatique passionnant. Tout se fait en douceur, années après années, alors que notre héros grandit et s’affirme, et que sa famille se déchire. Par la même occasion, l’auteur nous ouvre les portes de son propre monde, qui ne nous est pas familier tout en étant très intéressant.

Un roman magnifique mais complexe sur la création, la liberté d’expression et le poids de la tradition. A découvrir sans tarder !