Quelques mots sur trois romans que je n’ai pas pris le temps de chroniquer en novembre …

L’antilope blanche / Valentine Goby (2005)antilope

En 1949, Charlotte Marthe devient directrice d’un collège de jeunes filles camerounaises, appelées les « antilopes blanches ». Elle n’est qu’une femme en deuil de son amour. Elle ne sait pas qu’elle deviendra l’héroïne discrète et passionnée d’une page oubliée de l’Histoire.

« Je rêve d’exister. Ni par vous, mes prédécesseurs, ni par toi, mon désolant amour, qui as plié ma vie à la tienne. Je rêve à mon œuvre ; elle ne ressemble à aucune autre. »

Roman de l’oubli, du sacrifice et du triomphe de l’éducation, L’antilope blanche est surtout l’histoire de Madame Marthe, débarquée au Cameroun pour mettre le plus de distance possible entre un amour perdu et elle-même. Très vite elle va s’intéresser aux jeunes filles dont le destin est entre ses mains, et faire évoluer le collège comme un tremplin vers des études supérieures en France, qui leur permettront de prendre leur avenir en main et de servir leur pays. Mais faire évoluer les mentalités n’est pas si facile …

« On nous raille de croire qu’un nègre vaut un blanc. Quelques-uns nous parlent avec indulgence, comme à ces grands malades qui habitent un monde parallèle et qu’on hésite à détourner de leurs chimères, de peur de les égarer davantage. »

Beau roman mais dont l’écriture ne m’a pas transcendée, on ne peut qu’être touché et intéressé par cette histoire.

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Tête-bêche / Liu Yichang

tête bêche

L’œuvre de Liu Yichang a profondément marqué le cinéaste Wong Kar-wai, qui s’est nourri de l’âme de son roman pour réaliser le film In the Mood for Love.  » Tête-bêche, dit-il, est un terme français utilisé en philatélie pour désigner deux timbres reliés entre eux et imprimés en sens inverse l’un de l’autre. Pour moi, tête-bêche n’est pas uniquement un terme de philatélie ou un procédé littéraire. Tête-bêche, c’est aussi l’intersection des temps. «  Dans le roman, les deux personnages se reflètent en un jeu de miroirs subtil. Elle est jeune, aux prises avec l’avenir ; lui, d’un âge plus avancé, est habité par le passé. Dans le Hong-Kong en pleine mutation des années soixante, ils parcourent les mêmes lieux, croisent les mêmes personnes, assistent aux mêmes événements, sans jamais se rencontrer. Ils nous sont révélés par une alternance de séquences minimalistes à la construction musicale, fondée sur des jeux de symétrie et de contraste.

Un roman sans intrigue, sans histoire, sans écriture réellement marquante : un roman à ambiance, comme dans le film apparemment (que je n’ai pas vu mais qui ne fait en réalité que s’inspirer vaguement de cette histoire). Or j’avoue que j’ai du mal avec ce genre de roman, ou plutôt je peux lire des romans sans histoire, mais qui ont une vraie écriture poétique. Mais un roman sans rien, je ne peux pas et je l’avoue ici sans fard … En bref je suis passée à côté mais n’hésitez pas à lire l’avis de Gwenaëlle, de mon Club de lecture, qui a su l’apprécier.

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La lumière des étoiles mortes / John Banville (2014)

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Il avait quinze ans, elle, trente-cinq. C’était il y a cinquante ans. Un baiser volé dans une voiture, et tout avait commencé, le temps d’un demi-printemps et de quelques mois d’été. Le premier amour, celui qui emporte tout, qui a rendu fou l’adolescent qu’était Alex à l’époque. Mrs Gray, Celia Gray, la mère de son meilleur ami. Rencontres secrètes dans la bicoque d’un paysan, en bordure de leur petite ville d’Irlande, frôlements furtifs dans la maison familiale des Gray, et puis le scandale de leur liaison…

« On dit qu’une étoile continue de briller après sa mort. Sur terre, à des années-lumière d’elle, l’humain qui contemple son éclat ne s’imagine pas que son regard le trahit. Sa perception visuelle, malgré sa netteté, n’est pas réelle. La réalité est faussée. Quand on regarde les étoiles, c’est le passé qui surgit. »

Voilà le résumé de La Lumière des étoiles mortes : la réminiscence d’un passé depuis longtemps révolu, dont le narrateur se souvient avec une curiosité douloureuse, qui se heurte au flou de souvenirs remontant à un demi-siècle.

Un roman intéressant mais sans plus : je pense que le thème m’a un peu gêné, et j’ai eu du mal à m’intéresser à l’histoire. Mais je reconnais que le style de Banville est magnifique, d’une poésie que l’on retrouve souvent chez les auteurs irlandais.