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Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le Constellation, lancé par l’extravagant M. Howard Hughes, accueille trente-sept passagers sur le vol Paris-New York. Le 28 octobre, il disparaît soudainement alors qu’il entamait sa descente vers les Açores, pour sa première escale.
Ce crash aura un grand retentissement en partie par le mystère qui entoure d’abord sa disparition puis, une fois la carcasse retrouvée, parce qu’il transportait le célèbre champion de boxe Marcel Cerdan – amant d’Edith Piaf – et la violoniste Ginette Neveu – dont le Stradivarius ne sera jamais retrouvé.
Adrien Bosc retrace donc ces heures terribles entre l’embarquement et la recherche des corps, il revient sur l’enchaînement des faits qui a conduit à cette tragédie.
« Quel diable s’est ingénié à faire concorder autant d’erreurs jusqu’à un impact aux probabilités nulles ou presque ?
Ce presque au centre de toutes les attentions, ce hasard dont il faut dénouer les ramifications pour l’extraire de la fatalité. »
Mais il ne s’intéresse pas qu’aux célébrités qui ont trouvé la mort dans le crash : chapitre après chapitre, il enquête sur la vie de chacun des passagers, Français ou Américain, qui ont eu le malheur de se trouver sur ce vol, parfois par le plus grand des hasards … A leurs côtés il y a donc le génial créateur des produits dérivés Disney, mais aussi cinq bergers basques engagés dans des ranchs du Far West, ou encore une modeste bobineuse de Mulhouse devenue héritière d’une usine de bas nylon à Detroit. Il y a également ces jeunes mariés américains, sauvés parce qu’ils ont dû céder leurs places à Cerdan. « La part des anonymes m’intéresse beaucoup« , dit le romancier. « Dans mes lectures, je préfère aussi souvent les personnages secondaires ».
Malheureusement, si le roman a plu à l’Académie française, pour moi la sauce ne prend pas : le récit n’a rien d’extraordinaire, il reste très factuel, à la manière d’un compte-rendu, froid et précis. Le style est d’ailleurs très journalistique, sans aucune verve romanesque. Bref il me semble que c’est davantage le sujet qui a été récompensé que la performance littéraire. Même si on ne peut pas nier que ce « fait divers » est intéressant, et pour le coup Adrien Bosc a fait un vrai travail de recherche : tous les détails sont là, historiquement vérifiés. J’ai été particulièrement fascinée par les questions que se sont posés les enquêteurs : alors que l’avion allait se poser, que le ciel était dégagé, la carcasse est retrouvée à 90 km au nord de la piste d’atterrissage, dans les montagnes. L’utilisation d’un avion fantôme pour refaire la trajectoire, est vraiment impressionnante d’efficacité et de précision.

Et puis je reproche également à l’auteur un travers des plus exaspérants, qui frappe trop souvent la littérature française contemporaine : l’envie de mettre un peu de sa vie dans un roman. Qu’est-ce que c’est agaçant, car personnellement quand je lis un roman, l’auteur doit s’effacer, je ne veux pas savoir s’il est parti dans telle ou telle partie du monde, ou ce qu’il a mangé la veille …

M’enfin bon. Pour conclure : Un roman que vous pourrez lire si bon vous semble, mais dont on peut se passer.