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1940. Un petit pays (imaginaire), coincé au de l’Europe, est envahi par l’armée allemande. Nation pacifique, pratiquement sans armée, menée par un roi vieillissant, elle n’oppose aucune résistance et continue tranquillement une vie sans violence ni passion. Jusqu’au jour où ce roi, dont on n’attend rien à part qu’il continue les mêmes traditions que son père et son grand-père, va bouleverser ce petit monde, par le geste a priori le plus absurde qui soit.

1977. En pleine guerre froide, alors qu’on sort tout juste du Printemps de Prague et des premières révoltes contre l’ordre soviétique, Boris Khazanov publie ce petit roman dans une revue israélienne. Interdit en Russie, il circulera sous le manteau, avant de parvenir jusqu’à nous, et d’être traduit en français, trente ans plus tard … pour notre plus grand plaisir ! Un roman qui se lit d’une traite, dans un souffle, un peu à la manière d’un conte : en effet, il est à la fois dans le temps (on est en 1940, en pleine Seconde guerre mondiale), et hors du temps (un pays qui n’existe pas vraiment – même s’il prend des traits à la fois du Danemark et des Pays-Bas). Cette double situation, atypique, lui donne une profondeur et une portée supplémentaire, celle d’un acte de foi de la part de l’auteur, qui fait de ce pays un exemple illustrant l’absurde de Camus, et qui explique pourtant toutes les résistances à l’oppression, depuis le début des temps.

« L’absurde possède une capacité à s’intégrer à la réalité, à y acquérir une sorte de légitimité, de la même façon que, dans la cervelle d’un fou, le délire et les fantasmagories cohabitent avec un reste de bon sens suffisant pour lui permettre de vivre parmi les gens sains d’esprit. »

En effet, si les thèmes de la dictature et de l’antisémitisme nous semblent aujourd’hui rebattus, il est essentiel de remettre ce roman en contexte, comme j’ai déjà commencé à le faire au début de cet article : alors que l’antisémitisme est de rigueur dans une URSS dictatoriale, publier un tel roman n’est bien sûr pas anodin … Boris Khazanov y met toutes ses idées, qui lui ont valu 8 ans de travaux forcés en 1949, alors qu’il participait à un mouvement anti-soviétique.

En bref, un roman d’une grande intensité, à découvrir sans tarder, tant pour son thème que pour la plume de Khazanov, qui nous emporte avec un humour distancié, presque léger, dans l’histoire de ce roi atypique, auprès de ce petit pays qui ne demandait rien à personne, et qui semblait si impuissant … Une fable saisissante, qui réinterroge sur la valeur de la résistance.

Merci à Accalia pour cette découverte !