amours

En 1908, dans une maison bourgeoise du Cher, où tout est triste, la petite bonne Céleste subit un sort partagé par beaucoup de ses congénères dans sa situation : abusée par le maître de maison, lui-même frustré par sa vie de couple sans passion ni amour. Ainsi commence un huis clos sombre, autour d’un secret de famille et d’un trio amoureux inattendu.

 » Sous les tuiles en ardoise de la maison bourgeoise, quatre personnes sont couchées, seul l’enfant dort. Les autres gardent les yeux ouverts. Chacun dans sa solitude profonde, hanté par des rêves, des désirs, des espoirs qui ne se rencontrent pas, qui se cognent aux murs tapissés, aux taffetas noués d’embrasses – métrages de tissu qui absorbent les soupirs pour n’en restituer qu’un écho ouaté […] Ils se tiennent tous les trois, les corps battants, les cœurs à l’arrêt, s’engouffrant sans hésitation dans ce monde glissant, fiévreux, exaltant, de l’amour.

Mêlant les thèmes du mariage forcé, du sexe, de l’amour homosexuel, de la maternité, Léonor de Récondo signe un très beau roman sur les femmes. Leurs envies, leurs contraintes, leurs non-dits. J’ai suivi l’histoire de Victoire et Céleste, le coeur serré et avec beaucoup d’émotions, pour ces femmes qui découvrent ensemble leur féminité et souhaitent enfin entrer dans la modernité. Cette découverte en fait un roman de la transgression, où la bienséance n’aura plus sa place. Loin de vouloir recréer entièrement le siècle passé, Léonor de Récondo assume son regard très contemporain sur cette période où le plaisir de la femme, son bien-être, n’étaient pas reconnus et pourtant souhaités.

« L’amour est là, où il ne devrait pas être, au deuxième étage de cette maison cossue, protégé par la pierre de tuffeau et ses ardoises trop bien alignées, protégé par cette pensée bourgeoise qui jusque là les contraignaient, et qui, maintenant leur offre un écrin. Point de velours cramoisi, point d’alcôve confortable, mais un lit de fer et une couverture de laine qui leur gratte la peau. L’éblouissement à portée de doigts et de langues. »

Si j’ai passé un bon moment, il me semble pourtant que le roman est moins réussi que Rêves oubliés, où les personnages avaient davantage de personnalité, de caractère. Et puis le scénario m’a paru quelque peu attendu … Fort heureusement j’ai retrouvé avec plaisir le style de l’auteur, d’une limpidité et d’une poésie magnifiques. A découvrir malgré tout !