blondel

« C’est le propre du roman d’amener le lecteur à renoncer au sommeil. À se relever, sans faire de bruit, pour ne pas troubler celui ou celle qui dort à son côté; À descendre dans le salon, allumer les lumières et s’affaler dans le canapé, vaincu. La prose a gagné le combat. On ne peut plus lui résister. »

Comme d’habitude, j’ai lu ce « Blondel » d’une seule traite. Comme d’habitude, j’ai eu le cœur serré, au bord des lèvres. Comme d’habitude je me suis laissée emporter par ses mots, sa sensibilité, la part de lui-même que l’auteur met à chaque ligne, à chaque page. Comme d’habitude je l’ai refermé, émue. Comme d’habitude je me suis maudite de l’avoir lu si vite. Comme d’habitude je l’ai déjà conseillé plusieurs fois autour de moi. Bref, comme d’habitude il faut que je vous en parle !

« Septembre 1984. Le monde ne ressemblait pas à ce qu’avait prédit Orwell. Au début de l’année, dans un relatif anonymat, la petite firme Apple avait lancé son nouveau produit, le Macintosh. » Mais ce ne sera pas le seul bouleversement de cette année-là, pour la narrateur de ce roman : alors qu’il est en khâgne dans un grand lycée parisien, un des élèves d’hypokhâgne se suicide. Impossibilité de supporter la pression ? Mal-être plus global ? Problèmes familiaux ? Tout est évoqué mais aucune réponse n’est retenue. Seul le narrateur va aller plus loin que les autres pour comprendre la mort d’un de ses seuls amis. Même si pour cela il faudra jouer le rôle du fils perdu auprès d’un père éploré …

En quelques deux cent pages, Jean-Philippe Blondel parvient à tout mettre, à tout rendre : le milieu impitoyable des grands lycées parisiens, le rythme frénétique de la classe préparatoire, le stress, les profs sadiques, la vie parisienne qui nous entraîne, mais aussi l’amitié, l’amour paternel, l’ambiguïté familiale. Pour nous, il décrypte les codes sociaux, les comportements de chacun. Il analyse, sans juger, à part pour dénoncer le caractère destructeur de ces classes prépas.

« Le geste de Mathieu avait déjà fait le tour des classes préparatoires des lycées parisiens et contrairement à ce qu’on aurait pu craindre, il redorait le blason de D.: beaucoup semblaient penser qu’un suicide était un signe de bonne santé des prépas. Il signifiait que la pression était trop forte pour les plus faibles, qui s’éliminaient d’eux-mêmes. Cela impliquait donc que le rythme des devoirs et la teneur des leçons étaient adaptés aux exigences des concours. »

Dans ce jeune narrateur lucide et tendre à la fois, je n’ai pu m’empêcher d’y retrouver un peu d’Alex, le héros du Baby-sitter, mon roman préféré du même auteur. Ces romans abordent d’ailleurs tous deux le passage délicat à l’âge adulte, le début d’une vocation. C’est peut-être pour cela que ce roman m’a plu.

Mais pas seulement. Car s’il m’a touché, c’est que j’ai vécu une expérience similaire il y a quelques années. Un élève a sauté d’une fenêtre de notre école, s’écrasant trois étages plus bas sur les pavés parisiens. Au contraire de Jean-Philippe Blondel, je ne le connaissais pas, et à cette date je ne sais pas ce qui l’a poussé à agir ainsi. Il n’empêche que c’est le genre d’image insupportable, qu’on ne peut oublier, et notre imagination ne peut s’empêcher de travailler.

Je ne me lasse donc pas de découvrir cet auteur, moi qui n’aime pourtant pas ceux qui parlent de leurs expériences personnelles. Pourtant, je ne m’en lasse pas, car Jean-Philippe Blondel arrive à chaque fois à y mettre une universalité qui transcende le caractère anecdotique de ses sujets. En bref, un auteur qui ne me déçoit jamais, et que je ne peux que vous conseiller si vous ne connaissez pas encore.