extramuros

Imaginez un monde divisé en deux zones : les zones d’affaires, qui ont construit petit à petit des îlots ultra-technologiques, ultra-protégés et ultra-performants ; et puis le reste du monde, exclu de ces zones. Le pouvoir de ces dernières est symbolisé par la montée de l’une d’entre elles, Evergreen, qui veut racheter une partie de l’Espagne et y fonder le premier Etat-entreprise. Face à elle, les États traditionnels ne peuvent rien car sans les entreprises, leur pouvoir et leur argent, ils ne sont rien. La résistance va donc venir de quelques hommes, issus souvent des zones d’affaires, qui décident qu’il est temps d’en finir avec l’orgueil destructeur d’entreprises comme Evergreen. Et ils nous posent la question :

« Quand les entreprises auront pris le pouvoir, de quel côté du mur serez-vous ? »

Polar politique trépidant, Extramuros est un roman doublement intéressant : par la vision du futur qu’il propose, proprement effrayante; et par la narration qui est mise en œuvre, à la manière d’un thriller. Pas de catastrophisme dans ce roman d’anticipation : à la suite de nombreuses crises financières au début du siècle, la géopolitique s’est transformée, et la société a suivi … En utilisant les problématiques actuelles et en leur donnant le recul nécessaire par la fiction, Philippe Nicholson nous incite mieux à réfléchir que bien des essais.

Et pourtant, pourtant, est-ce tant que ça de la science-fiction ? Quand on lit ce genre de phrases : « Il n’est pas d’accord. Pas d’accord avec ce monde qui déconne, avec ce monde qui a si peur du noir qu’il dépense des sommes folles pour rester éveillé de jour comme de nuit, ce monde qui va de plus en plus vite, qui ne sait plus ce qui relève du passé, du présent ou du futur. »

Ce monde n’existe t-il pas déjà ? En réalité l’auteur exacerbe à peine certains traits de notre société, qui n’a jamais été aussi confortable, développée (pour certains, pas pour tous) et qui semble pourtant aller droit dans le mur avec des hommes d’affaires aveugles à la misère du monde, une course au profit destructrice et un rythme de vie dans lequel personne ne se retrouve …

Alors je vous pose la question : ce monde que dépeint Philippe Nicholson, n’existe t-il pas déjà ? En voulons-nous vraiment ?

« Bientôt le monde pourrait n’être plus qu’un désert de métal au milieu duquel surnageront les lacs artificiels des zones d’affaires, un monde sans âme, sans réalité, un parc d’attractions cauchemardesques. Les zones sont d’avantage que de simples regroupements disposant de médecins, de flics, d’électricité et de confort à volonté; ce sont des villes vampires; elles sucent le sang de la Terre pour irriguer leurs besoins frénétiques. L’assèchement de la planète a commencé. »

Un roman à découvrir sans tarder !