longbourn

 

Si vous n’avez pas lu Orgueil et Préjugés de Jane Austen, vous avez sûrement vu les nombreuses adaptations TV ou cinéma qui ont été tirées de ce grand classique de la littérature : Colin Firth en Mr Darcy reste inoubliable … Lu ou vu donc, et apprécié à coup sûr ? Alors vous ne pourrez qu’aimer Une saison à Longbourn, où Jo Baker explore les coulisses du roman, en imaginant l’histoire des domestiques des Bennett. Un régal pour les amoureux du roman et pour les adeptes de la série Downton Abbey (quoique avec un siècle d’écart puisque le roman date de 1813.)

Mrs Bennet avait entendu dire, expliquait-elle maintenant à son époux et à ses filles, que, dans les meilleures maisons, on ne voulait être servi que par des valets car tout le monde savait que leurs gages étaient élevés et qu’on devait s’acquitter d’un lourd impôt pour les garder, parce que les hommes en bonne santé étaient appelés aux champs et à la guerre. Quand on apprendrait que les Bennet avaient engagé un jeune valet pour servir à table et ouvrir les portes, le voisinage ne manquerait pas de s’émerveiller de ce fait remarquable.”Ce roman n’aurait pu être qu’une « austinerie » de plus, entre La mort s’invite à Pemberley (P.D. James) et Orgueil et préjugés et zombies (argh), austineries qui fleurissent en ce moment sur les tables des librairies, oubliant souvent que Jane Austen fut l’un des pourfendeurs de sa société et non son chantre … Pourtant Une saison à Longbourn est différent, déjà par son style impeccable (qui n’essaye pas d’imiter bien sûr celui du XIXe siècle, ce dont je lui suis gré ..), ensuite parce qu’elle ne touche pas à ce qui fait l’essence du roman de Jane Austen : elle ne fait que très peu parler les personnages existants, elle n’invente que des scènes qui n’ont pas d’impact sur le récit initial. Avec finesse elle développe des épisodes qui sont évoqués, ou elle en invente.

Résultat : on retrouve avec plaisir les personnages connus, et on en découvre des méconnus qui sont tout aussi intéressants. Ceux qui n’ont pas leur place dans la bonne société et qui pourtant sont indispensables : les domestiques. Toujours présents, ils sont les témoins des drames de leur maître, ils cachent leurs secrets, ils leur sauvent la mise parfois. Et d’une manière générale, ils contribuent au maintien de cette société aristocratique prompte aux bons mots et aux leçons de morale mais incapable de se cuire un œuf …

A travers une histoire d’amour inédite, romanesque à souhait, qui a pour lieu écuries et cuisine, Jo Baker en profite pour aborder des thèmes un peu différents comme l’esclavage, la guerre, qui mettent d’autant plus en relief le vase clos dans lequel vit la bonne société. Tout en décrivant parfaitement la vie des petites gens qui lavent, récurent, de l’aube au crépuscule, sans repos. Cet enrichissement complète le roman d’Austen avec des préoccupations qui se rapprochent plus de celles qui sont les nôtres aujourd’hui, mais sans que ce soit gênant. C’est justement dans cet équilibre entre fidélité et liberté que réside la force de ce roman, que j’ai eu du mal à refermer et qui fut un beau coup de cœur.