piment

Petit Piment gagne son surnom un jour où il défie des jumeaux maléfiques, pensionnaires dans le même orphelinat que lui, à 20 km de Pointe-Noire, au Congo-Brazzaville (ex-République populaire du Congo). Autrement son nom de baptême est Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko (« Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres », en lingala), abrégé en Moïse. Pour la facilité de lecture de cet article, je vais m’en tenir à Petit Piment ! Ce surnom est d’ailleurs celui qu’on donnait à Alain Mabanckou, gamin de Pointe-Noire qu’il décrit dans un texte autobiographique intitulé « Mes amours d’antan ». Passé ce détail (et quelques autres), Petit Piment n’est pas de l’autofiction mais un vrai roman, aux allures de fable.

On y suit le parcours de cet orphelin qui pense être dans une école réservée aux surdoués alors qu’il y fut abandonné treize ans auparavant, encore bébé. Tout commence au moment d’un basculement historique : alors que la religion était bien implantée, toutes les congrégations sont chassées du jour au lendemain, et on remplace la Bible par des drapeaux communistes et des foulards rouges. Le Parti Congolais du Travail a pris le pouvoir, et le gardera jusqu’en 1992. Des chants ancestraux appris par un prêtre atypique, on passe aux discours ampoulés des dirigeants (du Président de la République au directeur de l’orphelinat) qui répètent ce qu’ils ont appris en Russie …

« Je me rappelle que c’était grâce au premier numéro de L’Eveil du pionnier que nous avions eu la confirmation que le gouvernement avait pris la décision d’interdire la religion dans les établissements publics du pays, y compris dans les orphelinats, et que la décision était immédiate car les ennemis de la Révolution étaient très rapides dans leur volonté de saper notre marche vers le futur. »

Pour Petit Piment, cela ne change pas grand-chose : le fouet est toujours présent, il ne mange pas à sa faim, et les vexations sont légions. Il profite donc de l’évasion des fameux jumeaux pour partir avec eux et rejoindre la capitale, Pointe-Noire, gonflant le régiment de gamins des rues de la ville …

Roman d’apprentissage où l’on retrouve la verve et l’humour d’Alain Mabanckou à travers les yeux de l’enfant, du jeune homme puis de l’homme que Petit Piment devient, ce texte fut une agréable expérience de lecture. Les chants africains, les croyances, les superstitions s’y mêlent allégrement, et ces dernières ne sont pas toujours l’apanage des gens les moins cultivés …

En filigrane on prend conscience de l’importance de l’ethnie, et des conflits qui en découlent, même dans un pays socialiste où tous devraient être égaux.

Une bonne lecture.