acquanera

 

Quatre femmes : Clara, Elsa, Onda, Fortuna.

Un lieu : Roccachiara, au bord d’un lac.

Et puis des ombres, des morts, de mystérieux pouvoirs.

Voilà les personnages du second roman de Valentina d’Urbano, après Le bruit de tes pas qui m’avait bouleversée.

Acquanera, c’est le pouvoir de l’eau du lac, qui attire et tue impitoyablement dans ses eaux claires. C’est la malédiction d’un village et d’une famille, composée de femmes. Des femmes qui ont le malheur, génération après génération, de connaître les plantes et de voir les morts. De quoi les traiter de sorcières, un pas que les villageois ne franchissent jamais, mais sans jamais les intégrer pour autant.

« C’est la méchanceté des gens qui empoisonne, pas l’eau-de-vie »

Génération après génération, ces femmes souffrent de cette ostracisation, et en grandissant deviennent plus dures, telle Onda, la mère de notre narratrice, qui n’a jamais aimé sa fille.

« Elle était bizarre et solitaire. Elle effectuait ses diverses besognes avec habileté, cependant sans passion, par obligation, comme si elle n’avait pas voix au chapitre. La vie ne lui offrait rien d’autre, et c’était mieux que rien. Elle s’était docilement inclinée devant son destin. »

Fortuna, la dernière de la lignée, est différente : apparemment sans pouvoirs, elle est protégée par sa grand-mère qui veut qu’elle ait une vie normale. Mais la mort la poursuit au bord de ce lac maudit. Et sa rencontre avec la fille d’un croque-mort ne va pas arranger son destin …

Sans cesse à la recherche de l’amour, ces quatre femmes ont été durement éprouvées mais elles n’en sont pas moins lumineuses, extraordinairement humaines et douées d’une sensibilité à fleur-de-peau qui les rend vulnérables.

Dans ce beau roman, parfois sombre, voire macabre, à la limite du fantastique, Valentina d’Urbano en dresse de magnifiques portraits, avec finesse. On pleure avec elles, notre cœur saigne, et en même temps on est porté par une écriture limpide, simple mais efficace.

Moi qui ne crois pas au surnaturel, j’ai été emportée par cette histoire qui parle surtout de filiation, de rapport à la mère, d’amour et de ce qui nous rend humain.

« Tu es courageuse de m’aimer, moi que personne n’aime, ou presque. Il est facile d’aimer les gens que tout le monde aime. Etre aimé vous rend beau. Mais il faut du courage pour aimer ce dont personne ne veut. »

Une lecture belle et originale.