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Eclaireurs

« Récapitulons. Je suis en train de raconter qu’une tribu africaine totalement fictive a découvert un gisement de diamants exceptionnels qu’elle doit défendre contre la cupidité d’une multinationale sud-africaine. Je n’ai jamais mis les pieds en Afrique, je serais incapable de distinguer un solitaire au milieu d’éclats de verre et j’ignore tout de l’industrie minière. Tout cela est-il bien raisonnable ? »

J’ai choisi cette citation en accroche pour que vous rentriez directement dans le vif du sujet de cette fantastique trilogie, que je viens juste de terminer ! De 1991 à 2008, nous suivons l’ascension de Sliv, jeune géographe islandais (au nom de famille imprononçable et inécrivable), recruté par le mystérieux Consortium de Falsification du Réel. En effet, embauché par un cabinet de consultants assez classique, il découvre rapidement qu’il a en réalité été recruté au sein de ce CFR, dont il va découvrir le fonctionnement tout au long du premier tome, devenant rapidement un très bon falsificateur. Mais que fait-il au juste ?

« Il paraît que le CFR a produit un faux roman d’Alexandre Dumas. – Absolument, Le Chevalier de Sainte-Hermine. Idem en musique classique : un de nos agents compose en ce moment une aria de Bach. »

Et bien ils falsifient les faits, pour promouvoir des causes, faire évoluer la société. Tout est possible, rien n’est au-dessus des forces des milliers d’agents répartis dans le monde, qui contrôlent tous les types de sources.

Nul ne connaît le but ultime du CFR, nul ne connaît son ampleur … Sliv va gravir la hiérarchie, marche après marche. Jusqu’au jour où il connaîtra enfin l’Objectif du Plan.

Difficile de vous en dire plus sur l’histoire de cette trilogie, si je ne veux pas vous gâcher une partie du plaisir. Car faites-moi confiance : si vous souhaitez lire un roman prenant au point de ne plus dormir, si vous souhaitez un roman avec une bonne consistance, si vous voulez réveiller votre esprit critique, si vous voulez réactiver votre engagement pour la société, lisez la trilogie d’Antoine Bello !

Au cours de ces trois tomes ahurissants, il refait l’histoire des vingt dernières années, réagençant l’histoire à sa manière, pour mieux défendre sa thèse, sur le sens de l’Histoire : « ceux qui refusent d’engager la conversation rendent un mauvais service à ceux qu’ils prétendent défendre. En désertant la scène scientifique, ils laissent le champ libre aux charlatans et aux populistes. « 

Grâce à cette histoire très originale, Antoine Bello met en relief, à partir de faux, le réel. Plaidoyer en faveur de la fiction et de l’imagination, le CFR rassemble les meilleurs raconteurs d’histoire, dont Sliv fait partie. Mais pour moi, le meilleur est l’auteur lui-même, qui a créé des dossiers de toute pièces, sans faiblir durant trois tomes (qui prennent d’ailleurs une autre ampleur avec le développement d’internet …) Car si j’avais peur de me lasser, loin s’en faut puisque pour chaque tome, l’auteur choisit un moment clé de l’histoire : la fin de la guerre froide, le développement de la conscience écologique, l’après 11-septembre. Des romans vertigineux qui montrent le pouvoir des mots, et la fragilité de la vérité. Un roman qui, par certains côtés, fait froid dans le dos …

« Toutes les histoires coexistent ; chacun choisit celle qui lui convient le mieux selon des critères qui n’ont rien à voir avec la raison. » A nous de faire preuve d’esprit critique et de discerner la vérité, notre vérité ?

Un conseil donc : jetez-vous dessus, ne les lâchez plus, offrez-les, bref faites-les connaître !

« Mon roman est une parabole sur l’Histoire. Chacun sait que celle-ci est écrite par les vainqueurs. Or les vaincus d’aujourd’hui sont les vainqueurs de demain, et l’Histoire est donc vouée à être récrite. L’avènement des médias électroniques pose aussi pas mal de questions : jamais il n’a été si facile de s’informer, et jamais non plus il n’a été si facile de désinformer. »