doute bacigalupi

Alix est une jeune fille de la bonne société, qui habite dans une belle maison, qui est entourée d’une famille attentive et aimante, qui étudie dans la meilleure école des environs et ne se pose pas trop de questions sur le monde qui l’entoure. Le jour où un jeune Noir agresse son proviseur sur le campus, commence un engrenage dont elle ne ressortira pas indemne. Car elle va se retrouver aux mains d’un groupe de jeunes qui détiennent de terribles vérités sur son père et le travail qu’il prétend exercer …

« La paroi de verre qui avait naguère fait le bonheur d’Alix lui donnait soudain l’impression d’être vulnérable. Qu’est-ce qui pouvait empêcher quelqu’un de prendre un marteau, tout simplement, et de la fracasser ? »

La fabrique de doute, c’est la falsification d’études scientifiques effectuée par de peu scrupuleux avocats au service de multinationales : car en maintenant des doutes sur les risques avérés ou non d’un médicament, ce sont des années gagnées, permettant aux entreprises de continuer à le commercialiser, et donc de gagner des millions de dollars … en laissant derrière elles des cadavres d’enfants ou d’adultes, morts d’effets secondaires, crises cardiaques, coma, etc.

Qui maîtrise tout ça ? Quels sont les risques réels des produits chimiques que nous ingurgitons chaque jour ? Quelles maladies pourrions-nous éviter ? Quel est le degré de cynisme de laboratoires prêts à tout pour faire du profit ?

« Le langage est la façon dont on pirate le cerveau des autres. C’est la façon dont on leur fait voir les choses de façon dont on veut qu’ils les voient. »

Et à partir du moment où le doute s’insinue dans notre esprit, il ne nous lâche plus, comme Alix.

« La vérité existe, Alix. Nous devons simplement la traquer. Une partie d’entre elle est sous nos yeux. »

Paolo Bacigalupi, que je connaissais pour ses romans de science-fiction (déjà très sombres) pour les jeunes adultes, nous propulse dans un thriller atypique, aux allures de pamphlet politique et scientifique. Un thriller dont le personnage principal n’est pas Alix, mais l’Humanité toute entière …

Un roman bien mené, redoutable dans ses implications, dont vous ne ressortirez pas indemnes …

« Ce n’est pas pour pousser les gens à s’intéresser que la Fabrique de Doute touche de l’argent. On les paie pour faire le contraire. L’ordre établi est facile à vendre. Les gens aiment que tout soit lisse et cohérent. Ils aiment qu’on leur dise de rester assis, et de ne pas se faire de souci si le cinéma brûle. »