cercle du monde

Dans le grand cercle du monde, le futur Canada encore sauvage, trois voix se mêlent : celle d’un Jésuite français ayant tout quitté pour convertir ces Sauvages ne se préoccupant pas de leurs propres âmes ; celle d’un chef huron qui lutte contre l’influence montante de ces « Corbeaux » ; celle enfin d’une jeune captive iroquoise déchirée entre les hommes de guerre, les hommes de foi et ses propres aspirations au bonheur …

Ces trois voix s’entremêlent dans une fresque époustouflante où la description de paysages grandioses cohabite avec la violence des hommes. Cette violence est d’abord celle de la « vendetta » qui agite les différents clans sauvages, qui s’entre-massacrent. Mais c’est aussi celle des religieux qui tentent d’imposer leurs croyances en utilisant la crédulité de ces mêmes sauvages.

« Je les traiterai comme en France je traitais naguère les jeunes enfants quand on m’avait confié la mission plutôt pénible de leur enseigner le catéchisme. »

Face aux Jésuites, les « sauvages » s’interrogent : ont-ils bien fait d’accepter ces corbeaux aux mœurs bizarres, vêtus étrangement ? Le chef lui-même se questionne : « Qu’ai-je fait à mon peuple et à moi-même ? ». De son côté, une des guérisseuses affronte directement le jésuite Christophe, lui opposant ses propres valeurs : « Les paroles de ton wampun sont à l’opposé de nos croyances. […] Ce monde ne contient rien qui ait besoin de nous pour survivre. Nous ne sommes pas les maîtres de la terre. Nous en sommes les serviteurs. »

Lorsque la maladie arrive, nul n’ignore qu’elle vient justement des religieux, mais nul ne peut la combattre … et c’est la faiblesse numérique, dont profitent les Iroquois, qui viendra à bout des Hurons, au cours d’une guerre sanglante qui fait écho à la guerre des jésuites.

« Préparez-vous à un combat que nous n’avons pas d’autre choix que de gagner. »

Des deux côtés l’incompréhension règne, et dans ce roman incroyable, Joseph Boyden nous fait revivre un des premiers chocs des civilisations dont, comme souvent, les Européens sortiront vainqueurs …

Un beau roman, mais qui nécessite d’avoir le cœur bien accroché.