alcatraz

Alcatraz est un jeune garçon de treize ans, tout ce qu’il y a de plus normal. Sauf son nom qui rappelle une célèbre prison. Sauf qu’il est orphelin. Sauf qu’il a une étrange propension à casser tout ce qu’il touche, ce qui lui a valu de changer de famille d’accueil tous les ans depuis qu’il est petit. Tous ces saufs auraient dû nous mettre la puce à l’oreille : Alcatraz n’est pas un garçon tout ce qu’il y a de plus normal ! Mais il ne le sait pas encore … jusqu’au jour de ses treize ans où il reçoit un cadeau inhabituel : un sac de sable … envoyé par son père qu’il n’a pas connu ! Dans la foulée, apparaît un étrange vieillard qui affirme être le grand-père d’Alcatraz et que ce dernier vient d’un monde magique …

Jusque-là, vous allez me dire, ce n’est qu’une moche copie d’Harry Potter ! Mais très vite, Brandon Sanderson s’éloigne de ce modèle pour partir dans un délire littéraire dans lequel j’ai sauté à pied joints pour deux cent pages de pur rire. Car dans ce roman, les ennemis ne sont pas Voldemort ou les méchants sorciers à la magie noire … mais les bibliothécaires ! Ces derniers sont en effet les maîtres du monde car ils contrôlent toute l’information : ils peuvent ainsi cacher au commun des mortels qu’il existe un monde où la magie est quotidienne ; ils peuvent ainsi maintenir l’humanité dans une ignorance crasse … Bref ils sont tout-puissants, même si tout le monde l’ignore !

« Dans cette guerre que nous menons, les épées ou les fusils n’ont pas d’importance. Ce qui compte, c’est l’information, répondit Papi. Voilà le vrai pouvoir. L’information. Les Bibliothécaires la contrôlent dans cette ville. Dans ce pays. Ils contrôlent ce que les gens lisent, ce qu’ils voient au cinéma ou à la télévision, ce qu’ils apprennent à l’école ou ailleurs. C’est ce qui leur donne leur puissance, que nous allons briser, toi et moi. »

Alcatraz va donc devoir les affronter pour comprendre qui il est et pourquoi ses parents l’ont abandonné, et pour cela il va devoir s’introduire dans le plus dangereux des endroits : une bibliothèque publique !

« Vous n’avez peut-être jamais eu l’occasion de visiter une vraie bibliothèque, dans toute sa glorieuse et étouffante majesté … Dans ces espaces, les bouquins sont sagement alignés, rayonnage après rayonnage. Ils sont montrés sous leur meilleur jour. Un peu comme les chatons, qui sont siiiii mimis. C’est pour mieux vous attirer avant de vous bondir dessus et de vous dévorer.

Sérieux. Méfiez-vous des bébés chats.

Les bibliothèques publiques existent dans le seul but de vous aguicher. Les Bibliothécaires veulent que tout le monde lisent leurs livres … En fait le seul titre qu’ils ne vous laissent pas lire est celui que vous avez entre les mains. »

Par la même occasion, Alcatraz dynamite le mythe de l’écrivain gentil, celui qui veut du bien à ses lecteurs : « Nous autres écrivains produisons des ouvrages pour une seule et unique raison : parce que nous aimons torturer nos lecteurs…. La vérité, simplement, c’est que les écrivains adorent mettre les gens à l’agonie. Si ce n’était pas le cas, nos romans n’auraient pas d’autre sujet que les fêtes d’anniversaires des petits lapinous. ». Et en passant, il se moque de nous quand nous nous attendons à ce que les héros soient héroïques, qu’ils apparaissent toujours au bon moment. Cette critique des romans planplan m’a fait grandement plaisir, tout comme cela devrait être le cas pour les lecteurs adolescents qui s’ennuient en lisant les romans que les adultes leur conseillent … J

Avec finesse, humour déjanté et maîtrise de la langue, Brandon Sanderson, par la bouche de son anti-héros ultra-attachant, marche dans les pas du grand Terry Pratchett en nous offrant un roman parfaitement addictif pour les adolescents (et pour les adultes !)

« Vous voyez, le dernier chapitre se terminait sur un suspense terrible. A présent, il est sans doute très tard dans la nuit et vous avez décidé de veiller afin de lire ce livre alors que l’heure de l’extinction des feux est passée. Si tel est le cas, je vous félicite : vous êtes tombé dans mon piège ! ça fait partie des grands plaisirs de l’écrivain d’apprendre qu’une de ses œuvres a tenu un lecteur éveillé jusqu’à l’aube. Ça a à voir avec la méchanceté des romanciers, qui se délectent des souffrances d’autrui. Et aussi, les producteurs de café nous filent un pot-de-vin. »

Amoureux des livres et des bibliothèques, n’hésitez plus, enlevez vos œillères et contemplez la vérité : les bibliothécaires sont les maîtres du monde !

(bon ok peut-être que je n’étais pas très objective lors de la rédaction de cet article … mais j’espère que vous le lirez quand même !)