bibliothécaire

Comme dans tout métier, on aime lire des œuvres qui parlent de nous… d’abord parce que ça fait plaisir, qu’on y trouve souvent des histoires qui nous ressemblent, ou des citations qui nous parlent ; mais aussi parce qu’elles nous disent beaucoup sur la vision la société sur notre métier. Que ce soit dans les romans jeunesse ou adulte, celui de bibliothécaire n’échappe pas à la caricature : on y trouve une femme à chignon et lunettes, souvent vieille et aigrie ; ou un homme aux habits informes, très érudit mais vieux et sévère. Tous les deux donnent l’impression de vivre dans la bibliothèque et sont toujours entourés de vieux livres poussiéreux qu’ils protègent des agressions du monde extérieur …

Or ce cliché me semble trop facile, d’autant que si ces deux personnages ont pu exister, ils sont loin de représenter le bibliothécaire d’aujourd’hui, à la fois dans sa « forme physique » et dans la réalité du métier.

Cependant, malgré mon agacement récurrent, je ne peux pas m’empêcher de continuer à lire des livres qui prennent pour héros des bibliothécaires ou qui parlent des livres … Ayant récemment intégré l’école nationale des bibliothécaires (et des sciences de l’information, ENSSIB, Lyon), j’ai eu le plaisir de découvrir le rayon « fiction » de la bibliothèque, où ils ont voulu nous offrir le reflet de notre métier dans la société … Voici un échantillon de mes dernières lectures, tout d’abord en romans adultes.

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La tour des Temps / Thierry Grillet (2010)

tour temps

La tour des temps, cela vous dit quelque chose ? Si je vous dis BnF ? ahhh d’un coup je vois surgir dans votre esprit les quatre grandes tours voulues par Mitterrand, chargées de livres … trop chargées … Trop ? Oui, un des vigiles de nuit découvre un jour une faille dans la bibliothèque, que personne ne peut expliquer ! Rajoutez à ceci des morts mystérieux, le vol d’un ouvrage précieux et une bibliothécaire qui se met à enquêter, et vous avez tous les ingrédients de ce thriller écrit par un responsable de département de la BnF.

Lorsque je l’ai commencé, je me suis dit qu’on pouvait raisonnablement espérer qu’un bibliothécaire échapperait aux clichés de l’exercice … et c’est en partie le cas, malheureusement cela ne suffit pas pour sauver ce roman qui mêle ésotérisme, rites bizarres et explications étranges, qui n’ont pas réussi à me convaincre alors que les mystères avaient excité ma curiosité. D’un style un peu maladroit, la construction évolue lourdement sans parvenir complètement à décoller, laissant le lecteur insatisfait.

D’autant qu’au final, la bibliothécaire reste une figure assez classique, ayant choisi ce métier pour la conservation des livres, sachant à peine se servir d’Internet (alors que le roman a été écrit en 2010 !), et n’évoquant pas le numérique.

Bref, une déception.

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Le mystère des livres disparus / Ian Samson (2015)

livres disparus

Vous allez dire que je suis difficile … mais voilà encore une déception pour moi !

Pourtant ce roman commençait bien ! On débarque au fin fond de l’Irlande avec un personnage a priori attachant : le nouveau bibliothécaire de la petite ville. Ce dernier, dénommé Israël, prend ce poste à la fois comme une punition (l’Irlande profonde, ce n’est pas sa tasse de thé), et comme une opportunité (le premier poste qu’on lui propose depuis longtemps). Mais une fois dans la petite ville de Tumdrum, il va avoir une première surprise : la bibliothèque est fermée.

« Il y a quelque chose de terriblement poignant à voir un bâtiment destiné au public, fermé au public : c’est comme une insulte, une provocation lancée à tous nos instincts les plus généreux, une politique publique mise à mal, l’abandon de la démocratie. » […] c’était un signe manifeste de l’effondrement imminent de la civilisation et l’inévitable banqueroute qui s’ensuivrait. Personne n’aime voir une bibliothèque fermée. »

Une fois le choc passé et les éclaircissements demandés auprès du conseil municipal, Israël apprend qu’il est en réalité chargé de faire fonctionner l’ancien bibliobus car la municipalité n’a plus les moyens d’ouvrir la bibliothèque. Une fois ce deuxième choc passé, voilà le troisième : le bibliobus est vide, la bibliothèque aussi. Tous les livres ont disparus. 

Contre son gré, Israël se lance donc dans la chasse aux livres, qui se révèle encore plus difficile que prévu car la communauté toute entière semble se liguer contre lui, sans parler d’un conseil municipal allusif et adepte de la langue de bois … Et puis Israël se découvre bien vite mauvais détective.

Je vous vois déjà penser : « eh bien ça a l’air sympa ce bouquin, il y a tous les ingrédients qu’il faut ! ». Sauf que non. Israël m’a juste tapé sur le système tout le long, l’histoire ne décolle pas, tout s’embourbe, les dialogues se succèdent, sans intérêt, et on s’ennuie très vite dans cette aventure qui n’en est finalement pas une. Les clichés s’accumulent et n’apportent rien, même pas de l’humour dans ce roman qui, pour moi, a raté son but. 

A noter : Ce livre est le premier des quatre tomes des aventures d’Israël (Mobile Library Mystery Series), parus en Angleterre il y a quelques années et traduit seulement maintenant en français. Pas sûre que ça cartonne autant de ce côté de la Manche …

Voilà pour les deux premiers romans dont je voulais vous parler … A suivre avec les BD et les romans jeunesse, bientôt sur Le blog des livres qui rêvent !