coupland

Exceptionnellement, j’ouvre les portes de mon blog à mon amie LysdaSmythe qui a accepté de vous parler du dernier roman de Douglas Coupand … Pour discuter avec elle vous pouvez la retrouver sur Twitter : @LysdaSmythe

Raymond Gunt, antihéros détestable et sans morale, est un pauvre type. A quarante ans, il fait fuir les femmes, n’a aucun ami, vit dans un appartement crasseux et mène une carrière de cameraman médiocre. Parti travailler sur le tournage d’une célèbre téléréalité américaine, réalisée sur une île perdue au beau milieu de l’océan Pacifique, Raymond s’attend à couler des jours paisibles. Mais il en ira autrement et les catastrophes les plus saugrenues se multiplient…

Paru aux éditions Au Diable Vauvert, le nouveau roman de Douglas Coupland est un livre à lire au troisième degré. Voire au quatrième. Voire pas du tout.

D’habitude, j’aime bien cet auteur et ce genre d’humour : il détourne les clichés (Eleanor Rigby), il propose des idées farfelues (Eleanor Rigby, Toutes les familles sont psychotiques), il finit en feu d’artifice de n’importe quoi qui a un fond de réflexions sur la destinée de l’espèce humaine et nos responsabilités futures (encore Eleanor Rigby, Girlfriend dans le Coma).

Mais là, trop c’est trop. Non seulement le personnage principal, Raymond Gunt est une ordure mysogine fini, mais en plus les personnages qui l’entoure sont tellement bouffis de défauts qu’on n’arrive plus à trouver l’espoir de voir un être humain décent dans ce livre. Et ça, c’est très mauvais : détruire les espoirs intimes du lecteur (sans parler de ses attentes) est quelque chose que seul un génie de l’écriture devrait faire.

Rien ne nous permet de souffler : ni les péripéties aberrantes de Raymond (que j’aurais trouvé drôles si ce n’était vécu par un protagoniste qui ne les mérite tout simplement pas : il mérite d’être enfermé dans le placard de la directrice de l’école de Matilda, et c’est tout), ni les piques lancées par les personnages secondaires, trop nombreux à être médiocres pour laisser la place à celui qui aurait dû être creusé : Neal.

Neal est ce que j’appelle une figure narrative potentiellement rédemptrice, ce personnage dont vous sentez qu’il aurait pu sauver l’histoire s’il avait été un tant soit peu développé, ou chargé d’une action décisive à la fin. Ici, rien de tout cela n’existe : la fin n’en est pas une, car elle ressemble au début, bouillie de réflexions ostentatoires vulgaro-droguées (eh oui, j’ai dû inventer un adjectif pour qualifier ça), qui noie tout ce qui pourrait être intéressant ou reposant.

J’ai conscience d’avoir une lecture orientée par mes propres idées : avec moi, l’humour littéraire doit être plutôt subtil, par exemple. Je vais me contredire et vous avouer que j’ai ris à certains passages, mais qu’en reste-t-il après ? Rien. L’impression d’avoir perdu son temps est plus forte que toutes les tentatives esquissées de bon roman post-moderne cynique, dont Coupland est pourtant un habitué.

LysdaSmythe, pour Le blog des livres qui rêvent