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Comment faire 35h … en un mois ? Comment être débordée en 5 minutes ? Comment se retrouver à chercher un troupeau de vaches pour des entrepreneurs chinois qui veulent voir l’agriculture française ? Voici quelques réponses à ces questions clés, que nous donne Zoé Shepard, fraîchement sortie du concours d’administrateur territorial, et qui brûle de faire ses preuves. Sauf qu’elle se rend rapidement compte que le travail est un concept très différent de ce qu’elle imaginait, dans le contexte de la fonction publique … 

Zoé Shepard s’est faite connaître grâce à la sortie de ce « brûlot » qui lui a valu quelques mois de mise à pied (seulement) : elle y épingle l’administration, les services, ses supérieurs, ses collègues, et la fonction publique d’une manière générale, dans une série d’anecdotes toutes plus stupides les unes que les autres. Au final, je trouve qu’elle s’en sort plutôt bien avec 9 mois de mise à pied. Même si elle a dû passer de très mauvais moments quand sa hiérarchie a découvert son pseudonyme, et que ses collègues ont lu le livre … Car elle n’est tendre pour personne : personne n’échappe à son regard acéré, à son jugement. Il est vrai qu’à l’entendre, elle était la seule du service à travailler, à pondre des notes en 2h alors qu’on lui donnait un délai de 2 semaines. Elle est aussi apparemment la seule à se rendre compte de l’inanité de certains travaux demandés et de la stupidité de certains cadres.

Malheureusement, si quelques situations sont amusantes, la plupart du temps je n’ai même pas souri tant elle verse dans la caricature. Travaillant moi-même pour la fonction publique, je sais bien sûr qu’il y a des planqués, des gens qui ne travaillent pas. Mais aux dernières nouvelles, c’est aussi le cas dans le privé : ce n’est pas réservé à la fonction publique, c’est tout simplement – et malheureusement – humain de chercher à en faire le moins possible …

Est-il donc besoin d’écrire un tel livre qui est, à mon avis, simplement méchant : à quel moment « Zoé » s’est-elle posée la question de la réaction de ses collègues (dont la fameuse surnommée Coconne) quand ils se reconnaîtront dans ses pages ? Alors certes elle se défend en disant que personne n’est vraiment visé, qu’elle a récupéré des traits de plusieurs personnes, etc. Mais du coup par cette méthode elle en fait trop … et on se questionne sur l’intérêt d’un tel livre : veut-elle changer quelque chose (elle ne donne aucune solution, elle critique seulement) ? veut-elle faire progresser son service (elle semble trop supérieure à tout le monde pour s’en donner la peine) ? non et non.

Pour moi ce « roman » n’a aucun sens : il n’est que le résultat du malaise d’un cadre blasé de se trouver dans une petite communauté où on n’a pas besoin d’elle, un cadre trop diplômé pour se mettre au niveau du commun des fonctionnaires. Aucune réflexion, aucun recul. Et, j’aime autant le dire tout de suite, aucune plume. Pas besoin qu’elle se sente supérieure, au final elle n’est pas mieux que tous ceux qui râlent et dénoncent, sans bouger de leur chaise pour changer les choses … Avec plus de réflexion, sans clichés, surnoms et caricatures, le bouquin aurait pu être intéressant.

PS : et à ceux qui pensent que si on est fonctionnaire, et qu’on se vexe à la lecture, c’est qu’on se sent visé, je dirais que non, je ne nie pas certaines situations, je critique la manière de le faire.