refuges

Quand elle revient sur l’île de son enfance, Mila est hantée par la mort de son petit frère, des années auparavant. Elle évite ses parents qui voient avec détresse arriver la date anniversaire de sa mort. Elle redécouvre le plaisir d’être seule, dans des paysages magnifiques, et tente de trouver la paix. Sauf que cette île n’est pas une île comme les autres … elle a pour nom Lampedusa.

Très vite d’autres voix se mêlent à celle de Mila : des adolescents et des adolescentes fuient leur pays, huit voix qui espèrent quitter la violence, vivre en paix aussi, étudier et aimer. Toutes ces voix vont se rencontrer sur l’île, qui n’a plus rien de paradisiaque …J’ai retrouvé avec plaisir la voix d’Annelise Heurtier que j’avais découvert avec Sweet Sixteen et Là où naissent les nuages. Après les États-Unis et la Mongolie, Annelise Heurtier nous emmène en Italie, au carrefour des vagues migratoires, sur une île tristement célèbre. Ce qui est d’autant plus marquant, c’est que Mila ne connaît pas l’histoire de cette île : elle ne la voit que comme un lieu magique de son enfance, sans savoir les destins qui s’y noue. Certes on a dû mal à penser qu’une jeune fille ne soit pas au courant de l’actualité si brûlante de son pays, mais après tout pourquoi pas … Cela rend son parcours d’autant plus intéressant : elle découvre qu’au-delà de sa blessure interne, les gens souffrent autour d’elle, et cette prise de conscience sera ce qui lui permet de faire son deuil.

Pour les autres voix, celles des migrants, leur forme est plus classique, leurs histoires malheureusement plus « communes », mais elles ont l’avantage de nous faire comprendre les tragédies qui se nouent autour de la Méditerranée. Avec des mots simples, Annelise Heurtier s’adresse directement aux adolescents qui, comme Mila, ne connaissent ou ne comprennent pas ce qui se joue. Par la même occasion, j’ai découvert avec horreur la terrible situation de l’Érythrée, immense camp de travail forcé, et qui fournit massivement des candidats à l’exil …

Au final c’est un beau roman choral, servi comme d’habitude par une langue belle et simple, qui va droit au cœur. Et qui aborde des sujets essentiels mais difficiles dans l’adolescence : les autres, le deuil, la sortie de l’enfance. Sans porter de jugement, avec réalisme et justesse.