maupassant

C’est le premier livre que je découvre de cette collection, publiée par le Diable Vauvert : elle se propose de redécouvrir un auteur dans sa vingtième année, âge où souvent tout semble possible !

Et c’est aussi le cas pour le jeune Maupassant, choyé par sa mère qui lui permet d’arrêter ses études, et propulsé dans le milieu littéraire parisien auprès de son compatriote, ami et maître Flaubert. Il y côtoie aussi la jeune garde des années 1860 : Huysmans, Paul Alexis, etc. 20 ans, c’est l’âge aussi du service militaire, qu’il ne fait que pendant quelques mois avant de se trouver un « remplaçant », contre rémunération. 20 ans, c’est aussi et surtout sa découverte des femmes, et ses passions les plus folles, qui ne le quitteront pas de toute sa vie.

« La maturité, quelques rencontres déterminantes, les lectures sans frein et le souvenir obsédant des épreuves de l’enfance ont fait de Guy, à 18 ans, ex-enfant couvé, un jeune homme plein de vie et de fureur, à la fois subtil et instinctif, ardent et désespéré. »

Bref 20 ans c’est l’âge où son caractère s’affirme et qu’il n’est plus le « fils de » mais Guy de Maupassant, écrivain débutant, qui va prendre de l’ampleur durant cette décennie, sous la figure paternelle bienveillante de Gustave Flaubert qui remplace un autre Gustave (de Maupassant), père aux abonnés absents … C’est Flaubert qui fait de lui – de l’aveu même de sa mère – un romancier.

« Peu à peu, Guy se fait une place parmi les immenses talents qui l’entourent. Dans un dessin qu’il envoie à Pinchon, il figure, minuscule, au pied des grands Flaubert, Tourgueniev, Daudet. Infime mais présent. »

On voit aussi se dessiner aussi les peurs d’une vie : celle de manquer d’argent, tout le temps ; celle d’être cantonné à un travail de bureau, abrutissant et abêtissant. Face à ces deux peurs, seule peut répondre la beauté de sa Normandie natale, les paysages d’Etretat qu’il ne se lasse pas d’arpenter, encore et encore, et dont le ciel tourmenté dit bien son état d’esprit …

etretat tempete

En somme Françoise Mobihan nous présente la jeunesse de cet homme survolté, avec un style impeccable mais qui manque un peu de fantaisie … c’est richement documenté, avec des extraits de correspondance, des citations d’œuvres littéraires, mais tout cela manque un peu de vie.
Néanmoins il remplit son office : nous faire mieux connaître la jeunesse de cet écrivain sympathique, qui m’avait ébloui par son Pierre et Jean, et dont la personnalité se rapproche plus d’un Oscar Wilde – par son regard acéré et son côté dandy – que de Flaubert. Une belle manière de redécouvrir un auteur.