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Attention coup de cœur ! D’apparence anodine, cette bande-dessinée du Suisse Frederik Peeters pourrait bien vous surprendre … »Fred » a en effet fait passer la pilule de son autobiographie avec ces quelques deux cent pages poignantes et magnifiques, hymne à l’amour. Et moi qui ne suis pas très autobiographie, j’ai adhéré d’un bout à l’autre. Fred rencontre Cati à une fête : c’est une rencontre banale, un coup de foudre immédiat, et le début d’une histoire inattendue, qui continue encore aujourd’hui. Tout tient à quelques mots.

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Ces quelques mots, terribles et dévastateurs, remettent tout en cause : comment avoir une relation normale ? comment avoir une relation tout court ? comment avoir un avenir avec une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête à tout moment ? comment gérer le risque personnel que l’on peut prendre ? que répondre à un petit garçon qui veut comprendre pourquoi il doit prendre des pilules tous les soirs ?

Et pourtant Frederik Peeters s’y ait attaqué : inébranlable dans son amour, il a fait confiance aux médecins (pour Cati, le virus ne s’est jamais activé) et il a fait le choix d’une vie compliquée certes, mais heureuse. Une vie faite de coup de sang au moindre accident, une vie sur le fil du rasoir, mais une vie qui vaut la peine d’être vécue, pour Cati, et pour Oscar, le petit.

A petites touches en noir et blanc, Frederik Peeters nous fait passer par les affres qu’il a dû lui-même surmonter pour faire son choix : les doutes, les peurs, rien n’est épargné.  On s’attache à ces personnages qui se mettent à nu, avec leurs yeux exorbités qui semblent s’étonner de ce qui leur arrive, des traits qui rajoutent fraîcheur et humour à un récit très sombre. Sans misérabilisme ni apitoiement d’aucune sorte, il montre que l’on peut vivre avec ce virus …  Et que l’amour triomphe de tout.

« – Pourquoi tu m’aimes?
– Parce que quand tu traverses un passage piéton, tu sembles faire l’amour à la rue entière… et parce que tu sens le croissant chaud en te réveillant le matin…(…) parce que je me sens bien avec toi… parce que tu me fais rire… et que tu me respectes et que tu me fais pas chier aussi…parce que tu me stimules… que tu as de l’esprit…que tu es honnête… que j’aime tes yeux, ton cul, toucher le bas de ton visage et ta nuque, ton ventre, tes mains rêches, l’inclination de tes sourcils… parce que tu es la seule personne avec laquelle je ne joue pas un jeu… parce que tu es cochonne et impudique… forte et fragile… que tu te poses les bonnes questions… que tu me fais rêver à un monde idéal… que tu me donnes l’impression d’être quelqu’un de bien…et parce que contrairement à ce que tu crois, de toutes les les personnes que je connais, tu es la plus douée pour la vie… »

Ce qui donne la force à ce récit, c’est que bien sûr c’est une histoire vraie, mais surtout que plus de 10 ans après, on sait que ça fonctionne toujours, et que le couple a même eu une petite fille, non séropositive. Tout cela on le sait grâce au deuxième tome, Onomatopées, et surtout au film de Jean-Philippe Amar (2014), magnifique et terriblement bien adapté. On y retrouve la force des sentiments, la peur. Et la force de vivre.

– Est-ce douloureux d’imaginer qu’une maladie puisse être une chance ?
– C’est étrange de se dire ça…
– Peut-être est-elle votre pire malchance ou votre meilleure chance… Peut-être vous ouvre-t-elle les yeux sur certaines choses essentielles…

Un vrai coup de cœur donc, qui nous ouvre sur l’autre, la mort, l’amour, des thèmes banals. Mais sublimes.

En mots de fin, ma phrase préférée : « Contente-toi juste d’apprécier à temps les choses qui ont une fin. »