bondoux mourlevat

A peine ce livre refermé, je ressens le besoin d’écrire dessus. Dans un train vers le Sud, je me sens pensive, encore sous le charme des mots d’Anne-Laure Bondoux et de Jean-Claude Mourlevat. Deux écrivains que j’aimais déjà beaucoup, et qui m’ont ravi encore une fois, cette fois en unissant leurs forces. C’est une amie qui me l’a conseillé, l’ayant elle-même acheté au Salon du Livre, pour le posséder et garder une trace de cette lecture des mois auparavant. Aiguillée par son enthousiasme, je l’ai commencé sur les canapés du Salon du Livre en l’attendant. Puis nous avons encore fait quelques stands, et sur le chemin du retour je n’ai plus tenu : je l’ai continué … Et ce matin, dans ce train donc, je l’ai terminé.

Il est difficile parfois d’expliquer ce qu’on a aimé, et pourtant j’essaie de m’y attacher encore et encore, comme vous l’avez souvent vu sur ce blog que j’alimente de loin en loin en ce moment. Heureusement qu’il y a des coups de cœur pour me redonner envie d’écrire et de les partager avec vous, mes fidèles lecteurs ! Voici donc mon dernier en date.

« Et je danse, aussi » est un roman épistolaire, qui commence banalement par un manuscrit envoyé par une jeune femme à un auteur célèbre, prix Goncourt qui n’écrit plus pourtant depuis quelques années. Mais l’auteur refuse : il en a connu de jeunes auteurs qui le suppliait dire ce qu’il pensait de leur prose, et lui, honnête, ne supporte plus. Il refuse donc. Elle insiste. Et puis se rétracte et lui demande de ne pas ouvrir l’enveloppe. Elle lui envoie une photo qui doit lui rappeler quelque chose. Ce qui est le cas. Et les mails s’enchaînent … Elle a 35 ans, s’appelle Adeline Parmelan. Il en a 60, s’appelle Sotto. Elle est seule et désespérée. Il est entouré d’enfants et de petits-enfants mais désespéré du départ de sa dernière femme, trois ans plus tôt. Ils se prennent vite au jeu et échangent rapidement de nombreux mails, jour après jour, mois après mois. Leur relation évolue, les secrets s’échangent, des liens se nouent, se dénouent, se renouent. Et puis la vérité éclate, mêle de nouveaux acteurs, tout se mélange, brouille l’esprit des correspondants et du lecteur par la même occasion. Et la vérité se fait réalité. Et on referme le livre, non surpris par la fin, mais séduit par la manière d’y arriver. Car au final comme le dit Sotto,

« Ce qui me touche et me séduit dans les livres, les films, le théâtre, plus que les histoires elles-mêmes ; c‘est ce qui les habille. La façon dont on les raconte, leur texture, le tissu dont elles sont tissées, leur grain comme on dit en photographie. »

C’est donc la manière dont Bondoux et Mourlevat racontent qui m’a plu, leur correspondance pleine de douceur, de discussions sur ce qui fait l’écriture.

« Je suis peut-être naïve mais il me semble que l’écriture réclame une certaine humilité et que les écrivains sont toujours amenés à avouer leurs faiblesses, leurs failles, leurs blessures. La matière première de l’écriture doit venir de là, non ? De ces trous de l’âme d’où s’écoulent nos souffrances. ». Et c’est bien une souffrance des deux côtés qui s’exprime : les mots déferlent, apaisent les blessures. Et permettent une nouvelle chance à l’âme.

Et puis c’est aussi l’humour que j’y ai retrouvé :

« Chaque fois que j’ai eu la mauvaise idée d’écrire en écoutant ce genre de musique grandiose, je me suis pris pour un génie et j’ai déchanté en me relisant ensuite dans le silence. C’est comme quand on prend l’avion : c’est l’avion qui vole, pas vous. »

Cet humour qui émaille les pages de Sotto surtout, qui se moque de lui-même, écrivaillon que les gens pensent génial alors que c’est juste un homme malheureux, seul, face à une page blanche.

Et puis c’est l’histoire qu’ils tissent, sur fond de réalisme : bien sûr ils prennent conscience qu’ils écrivent une histoire, d’ailleurs Adeline en joue en tissant des aventures que Sotto lui-même juge non crédible « dans la vraie vie ». Et c’est cette impression de réalité, bien sûr que ce sont des personnes réelles qui s’écrivent, ce genre d’histoire n’arrive que dans les romans, qui permet à la mayonnaise de prendre, si vous me pardonnez cette expression ! Même s’ils finissent par se moquer de leur lecteur par un dernier coup de théâtre qui les place immédiatement dans la catégorie fiction. Car décidément, la fin n’arrive que dans les romans, une impression de « trop beau pour être vrai » ou de « trop triste pour être vrai. »

« Est-ce que cette magie moderne va fonctionner ? Est-ce que nous sommes les personnages d’un conte électronique ? Est-ce qu’à la fin nous allons nous connecter et avoir beaucoup de petits électrons ? »

Je vous laisse sur cette question … (j’use des points de suspension pour un peu de suspens) … jusqu’à ce que vous l’ayez lu et qu’on puisse en discuter sérieusement ! A la prochaine !