nouvelle vie

Comme vous le savez peut-être, je suis fascinée par le personnage d’Arsène Lupin depuis une dizaine d’années, et récemment je me suis mise à jour sur les nouvelles publications autour de ce personnage : désormais tombé dans le domaine public, ses nouvelles aventures pullulent, plus ou moins bonnes … Quand j’ai vu qu’Adrien Goetz avait sorti ce roman, je me suis un peu inquiétée : je n’aime pas beaucoup cet auteur, et j’avais peur qu’il ne massacre mon personnage préféré. C’est donc avec appréhension que je l’ai entamé …

Mais à ma plus grande surprise, j’ai adoré ! Nous sommes en 2015, et le jeune Paul Beautrelet (descendant d’un personnage bien connu des lupiniens de tous poils) va bientôt publier sa thèse sur le renouvellement des cellules, qui pourrait conduire à l’élixir de jeunesse … Thèse tout ce qu’il y a de plus sérieuse qui lui vaut d’être au sommet de sa gloire. Jusqu’au jour où, au cours d’une cérémonie impressionnante, la façade de la cathédrale de Strasbourg est dérobée. Un vol dont la signature est simple : Arsène Lupin. Paul croit rêver : lui qui a été bercé par les aventures de son ancêtre aux côtés du cambrioleur, il le rencontre en chair et en os … mais comment est-ce possible ? Un personnage de fiction, 100 ans plus tard, peut-il revenir à la vie ? D’autant qu’avec lui Lupin entraîne une mystérieuse comtesse ainsi que l’héritier de Ganimard … Bref c’est toute l’oeuvre lupinienne de Leblanc qui débarque dans les années 2010, à Paris !

Et nous voilà embarqués dans une aventure déjantée à la Lupin, sur fonds de cambriolage à grande échelle, de complot mondial et de réseaux sociaux … Car Lupin, fidèle à lui-même, a une page Facebook (l’arme parfaite pour contrôler l’information) et va jusqu’à pirater le célèbre réseau pour parvenir à ses fins : une situation qui ne doit pas nous surprendre quand on sait que 100 ans auparavant, Leblanc en fait un habile manipulateur des médias de l’époque et un technophile moderne averti.

Dans le roman de Goetz, j’ai retrouvé avec plaisir l’humour de Lupin / Leblanc, et les situations rocambolesques bien comme il faut. Dans le roman de Goetz j’ai retrouvé un Lupin flamboyant, gouailleur, un peu voyou, qui parle l’argot du siècle où il vit. Bref un Lupin immortel, qui s’adapte parfaitement à cette nouvelle époque.  Dans le roman de Goetz, j’ai appris pas mal de détails sur l’histoire de l’art, métier du romancier oblige, ce qui n’est pas choquant pour Lupin, toujours amateur d’art. Dans le roman de Goetz, on y retrouve aussi ce que la postérité a fait du personnage :

« Lupin leur avait interdit les textos en style télégraphique : « faites des phrases tas d’illettrés, vous êtes de ma bande, un peu de tenue ! […] Un peu de syntaxe, que diable, ça n’a jamais nui à personne ! » Ils aimaient bien quand il imitait ainsi les inflexions du regretté Georges Descrières, au temps de l’ORTF »

Et je rajouterai quelques applaudissements à la scène où Lupin, déprimé, regarde des séries toute la journée et, mécontent du tour qu’elles prennent, enlève les scénaristes pour écrire lui-même l’histoire ! 🙂

Arsène Lupin, donc, immortel.

« Tu veux que je remonte comme ça jusqu’à Tibère, qui m’a couvert d’or quand le petit Jésus avait quinze ans ? J’ai été le prince Sernine, Raoul d’Andrésy, Louis Valméras, don Luis Perenna, grand d’Espagne, Albert Lebrun, président de la République, Marcel Duchamp … Je suis aussi de temps à autre Guy-Manuel de Homem-Christo, tu sais, le plus célèbre des Daft Punk, je suis Bansky, la star du street art dont les œuvres valent des millions et dont nul n’a jamais vu le visage, je publie de loin en loin un livre, pour mon plaisir, sous le nom de Thomas Pynchon … On ne me reconnaît jamais à temps. »

S’inspirant avec brio de la série Sherlock qui revisite le mythe, Adrien Goetz nous propose des épisodes courts (dont chacun porte le nom d’un roman original), à la manière des premières aventures de Lupin, qui trouveraient parfaitement leur place dans les journaux d’aujourd’hui – pardon sur les blogs et réseaux sociaux ! Un roman vif, satirique, qui épingle les travers de notre société comme le faisait Leblanc il y a 100 ans, une intrigue déjantée, un Lupin plus lupinien que jamais, bref n’hésitez plus !