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Voilà un mois que je ne me suis pas installée derrière un clavier. Un mois que je me demande si je vais continuer ce blog. Un mois que j’essaie de me reconstruire. Et puis il a suffi d’un roman pour m’inciter à m’y remettre. Je sais que j’ai fait le plus dur ce soir, même si cet article ne sera peut-être pas à la hauteur … Car malgré tout la vie continue, avec ses exigences et ses petits bonheurs. Dormeurs en fait partie.

J’ai en effet dévoré ce roman en quelques soirs, partagée entre la nécessité de le finir, et l’envie de le faire durer … Et puis j’ai tourné la dernière page. J’ai laissé passer un moment, quelques jours, avant de me décider à vous en parler.

Dormeurs est une lecture inhabituelle pour moi : sa moitié SF m’attirait, tandis que son autre moitié polar me faisait peur … Et j’avoue que je n’étais pas hyper rassurée le soir, imaginant que l’homme en rouge allait se pointer chez moi. Mais j’en suis sortie vivante, et satisfaite d’avoir découvert ce bon roman !

Bon, il est temps de vous en dire plus …

Nous sommes plongés dans les rêves de Fredric Jahan, qui devient dormeur professionnel pour la grosse entreprise Dreamland : dans un futur peut-être pas si lointain, on peut acheter des rêves de qualité pour pallier sa propre absence d’imagination et de rêve. Alors qu’il était inapte à tout autre travail, Jahan se révèle très vite bon rêveur, et ses rêves s’arrachent d’un bout à l’autre de la Terre.

« C’était une véritable voie ouverte à l’originalité pour peu que les personnes qui s’y investissaient voulussent se montrer créatives, spontanées, et imprévisibles. Certaines qualifièrent notre profession de dixième Art. C’était exagéré. Mais une chose est sûre : nous avons tout mis en œuvre pour que nos rêves ne fussent pas des rebuts de conscience, des déchets nostalgiques, ni des scories d’ambitions mal contenues. Pour nous, il s’agissait avant tout de créer, d’allier la combinaison naturelle d’images issues de l’activité psychique pendant le sommeil à la perfectibilité de l’imagination. »

Tout se passe bien, jusqu’à une nuit où il se retrouve propulsé non pas dans des rêves mais dans les souvenirs bien réels d’un vétéran de la guerre du Vietnam. Son univers bascule au fur et à mesure que ses nuits se perdent dans un cauchemar sans nom, et dans lesquelles rôdent un meurtrier sans pitié, habillé de rouge … La frontière entre réalité et rêve devient de plus en plus tenue, jusqu’à perdre le lecteur lui-même.

Mené avec un tempo parfait et dans un style impeccable, ce roman nous fait passer des sueurs froides à des éclairs de compréhension au fur et à mesure où l’auteur livre des explications. A équidistance entre polar et science-fiction, Emmanuel Quentin nous offre un roman parfait, qui distrait mais fait aussi réfléchir à l’importance des rêves. Un coup de chapeau aux alternances récit / rêve qui nous entraînent magnifiquement à la suite du héros dans les méandres de la conscience.

« Il en est des rêves comme de la vie. Comment les traverser, comment les affronter ? On peut être endormi et se rêver poète, espion, astronaute, plongeur, aventurier, voyageur le long des côtes, sur la route, sombrant dans n’importe quel abîme ou contournant les obstacles. »

Je vous laisse sur cet extrait de la quatrième de couverture qui donne parfaitement le ton de ce très bon roman, publié aux éditions Le peuple de Mû.