LAP

“Sur le pointillé des formulaires, c’était le Lycée Autogéré de Paris. Mais pour tout le monde, c’était LAP.
LAP, pas “L.A.P”.

LAP ! comme une onomatopée.

LAP : le bout de la langue fait un petit bond le long du palais, puis les lèvres s’unissent pour exhaler un soupir.
LAP ! C’est le dernier son qu’on entend avant de se faire engloutir.”

C’est à la bibliothèque où je travaille que j’ai entendu parler d’Aurélia Aurita pour la première fois : elle va en effet y intervenir à la rentrée lors d’une table ronde sur les pédagogies alternatives. Et une collègue m’a donc conseillé de découvrir la bande-dessinée dont elle va parler, au titre étrange : LAP. Le Lycée Autogéré de Paris. Ma curiosité a été aussitôt éveillée : je n’en avais jamais entendu parler, et pourtant il se situe près de chez moi, dans le 15e arrondissement, depuis plus de 30 ans (il a été créé en 1982).

Mais qu’est-ce que ce lycée ?

Aux premières recherches sur Internet, on y découvre que c’est un lycée géré entièrement par des élèves et des professeurs, même si ces derniers dépendent de l’Education nationale. On y découvre aussi que c’est le lycée le plus mal classé en termes de réussite au bac ! C’est dans ce lycée qu’Aurélia Aurita va passer pratiquement un an, côtoyant jour après jour des élèves sortis de la « tradi », la scolarité traditionnelle, et c’est cette expérience d’une utopie réussie qu’elle nous raconte, avec humour et tendresse.  

En quelques mots : un lycée où il n’y a pas de notes mais des validations de compétences ; pas d’obligation d’aller en cours mais impératif de participer au ménage, à la cuisine, à la vie du lycée ; pas de conseils de classe mais des commissions de décision mélangeant élèves et professeurs ; des profs volontaires uniquement, acceptés ou non par leurs collègues; etc. Bref des méthodes différentes, qui déstabilisent au premier abord mais qui interrogent surtout sur ce que doit être l’école : certes, seuls 30% des lycéens réussissent le bac, mais pour la plupart ils ne l’auraient pas eu non plus dans un circuit traditionnel; certes c’est parfois le chaos quand l’équilibre délicat entre professeurs et élèves vole en éclats ; certes on peut se demander si laisser des jeunes décider ou non d’aller en cours est la meilleure des choses à faire …

Mais au final il faut parvenir à voir l’éducation autrement : on leur offre la possibilité de s’épanouir et non pas d’accumuler les diplômes ; la possibilité de suivre des chemins de traverse et non pas l’autoroute lycée / fac / boulot ; on leur apprend le respect d’un lieu, les contraintes de sa gestion. Et puis surtout l’attachement pour les autres élèves : les « lapiens » forment une grande famille, ce qui se prouve quand les anciens reviennent à l’occasion des 30 ans du lycée.

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Alors certes tout n’est pas parfait, et Aurélia Aurita n’hésite pas à montrer l’envers du décor, à exprimer ses doutes, ses désaccords, mais aussi son intérêt pour ces jeunes qui ont la chance de pouvoir apprendre autrement, elle qui fut si traumatisée par son expérience du bac … Néanmoins ce lycée a le mérite d’exister, et de proposer une autre alternative à des élèves qui décrochent. 

En bref, cette bande-dessinée est une manière très originale de raconter une expérience originale … qui dure et réussit depuis 30 ans !