laroui

Je continue ma revue de la rentrée littéraire ! Après Dieu n’habite pas La Havane de Yasmina Khadra, qui avait été une déception, voilà le dernier roman de Fouad Laroui. De lui, j’avais beaucoup aimé Une année chez les Français, un peu moins les suivants. Dans tous pourtant, j’ai su apprécier la finesse d’analyse et l’humour présents. 

Ce vain combat que tu livres au monde ne fait pas exception de ces qualités : Fouad Laroui y aborde son sujet de prédilection, les failles possibles entre différentes cultures. Ici, ce sujet est abordé au prisme de la relation entre Ali et Malika, jeune couple trentenaire, classe moyenne, ayant fait des études. Or le roman va retracer la dérive d’Ali de Paris à Raqqa, vers l’extrémisme. Il montre que, comme souvent, il suffit de quelques frustrations et d’une mauvaise rencontre pour faire basculer des jeunes gens perdus. Un lavage de cerveau plus tard, ils se retrouvent à combattre en Syrie …

Ce n’est pas le premier roman que je lis sur ce thème, mais à chaque fois je suis effarée par la rapidité du basculement. Alors certes vous me direz : c’est un roman, ça se passe plus lentement, plus subtilement dans la réalité … Mais lorsqu’on lit les témoignages, soit des intéressés, soit de leurs proches, c’est justement cette rapidité qui les a surpris. Le plus souvent, il y avait une faiblesse, des non-dits, des blessures, dans lesquels s’engouffrent des discours haineux, contagieux, faciles à comprendre et à s’emparer. Et puis l’engrenage et l’impossibilité de revenir en arrière.

Le roman de Fouad Laroui rend bien tout cela, et il le fait d’autant plus finement que l’histoire d’Ali est vue au prisme de celle de Malika, d’origine maghrébine également, et qui le voit dériver, impuissante. On le voit perdre son humour, mettre des œillères, et finalement disparaître …

Mais ce qui l’a rendu d’autant plus riche à mes yeux, ce sont les chapitres d’histoire que nous assène Laroui, avec beaucoup d’humour (noir) pour nous faire comprendre le discours islamiste, pour nous faire appréhender sa ruse, et la manière dont il détourne l’histoire. Il met ainsi particulièrement en relief l’agilité qu’ont les peuples à remanier leur histoire, que ce soient les Arabes ou les Occidentaux (aucun n’est épargné dans le roman)

« Non, ça ne s’est certainement pas passé comme ça. Mais cela ne fait aucune différence : dans l’imaginaire des Arabes, cela s’est passé comme ça […]. C’est important, l’imaginaire des peuples. Ce monde d’idées parfois fausses, de constructions paradoxales, de mythes et de préjugés est parfois plus réel, par ses effets, que le monde réel. »

« Mais enfin, quel est le « bon » récit ?
La question n’a pas de sens.
– qui a tort ?
A vous de me le dire
– qui a raison ? 
Les deux protagonistes.
– Vous plaisantez ? 
Non. C’est bien là le drame. »

En gros, méfiez-vous de ce que vous disent les livres d’histoire, les discours, contrebalancez toujours les arguments de l’un ou de l’autre, écoutez les deux arguments, retournez à la source des événements historiques. Et seulement après, prenez parti (ou pas).

Au final, un roman engagé, puissant, intéressant, terriblement réaliste et malheureusement d’actualité …