maynard

Suite de ma revue de la rentrée littéraire …

Auparavant, j’ai pu apprécier quelques romans de Joyce Maynard : Les Filles de l’ouragan, qui m’avait un peu déçue, mais aussi Long week-end qui m’avait ravi par son intensité dramatique et par le fin décorticage des sentiments de 3 personnes très différentes, dans un huis-clos.

C’est cette dernière impression que j’ai retrouvé dans Les règles d’usage de Joyce Maynard. Pourtant le sujet n’étais pas particulièrement attractif pour moi : 15 ans après le 11 septembre 2001, je restais sur Windows on the World de Beigbeder, qui reste le seul roman que j’ai lu sur ce sujet. Mais je suis contente d’avoir découvert cet événement sous un autre angle.

En effet, nous sommes ici plongés au cœur de l’horreur car nous allons vivre cette journée aux côtés de Wendy, treize ans, dont la mère travaillait dans les tours … En quelques heures, elle voit son univers se désagréger, son petit frère sombrer dans l’apathie et son beau-père, d’habitude un roc, perdre tous ses repères.

En déambulant dans les rues de New-York, peu après l’Evénement, elle s’interroge sur la manière dont les gens parviennent à se comporter après la destruction de leur monde, comment ils peuvent faire comme si tout était normal « alors que la vérité, c’est que plus rien n’était pareil – comme si tout le monde était complice de cette vaste mascarade. »

Lorsque son père biologique, qu’elle connait très peu, débarque sans prévenir et propose de l’emmener en Californie, elle saisit cette opportunité pour s’éloigner de l’ambiance mortifère de New-York, où tout crie l’absence de sa mère. Elle va rencontrer des personnes hautes en couleur, faire son deuil

« Tantôt c’était une subite montée des eaux. Tantôt cela venait comme une pluie torrentielle qui se serait renforcée peu à peu, le genre à te prévenir suffisamment en avance pour que tu aies même le temps de te mettre à l’abri d’ici que les nuages crèvent. […] Quand le chagrin te noyait, les petits malheurs te dégringolaient dessus en un déferlement à te couper le souffle. »

… et grandir.

La réussite de ce roman tient au personnage de Wendy, réaliste, attachant, à la fois mature mais terriblement adolescent. Une adolescente forcée de grandir en une journée, et qui va s’interroger, tout au long de ces 400 pages, sur ce qui est important dans sa vie, maintenant que sa mère a disparu. Son beau-père, son véritable père, et son frère en font partie mais elle mettra longtemps à franchir le cap du retour à New York et à une vie où sa mère, tant aimée, ne sera plus jamais là.

« Autrefois, Wendy croyait qu’il y avait un ensemble de règles de la vie, dont la principale était que certaines choses, comme sa famille et le monde où l’on vivait, ne devaient jamais changer. Le fait que votre mère ait purement et simplement disparu, et que votre père, votre géniteur que vous connaissez à peine, vous emmène quelque part à cinq mille kilomètres de distance pour découvrir une vie complètement nouvelle avec lui était aussi impossible que renvoyer la pluie dans le ciel. »

Magnifique roman d’apprentissage, à partir d’un événement dont Joyce Maynard ne nous décrit que les implications personnelles et non pas géopolitiques, Les règles d’usage évoquent d’une manière poignante, sans pathos, la perte, la complexité des rapports familiaux, et l’amour.

« On peut retrouver le bonheur. La perte d’un être ne fait pas éternellement mal, seulement c’est toujours là. »