nothomb

Le roman annuel d’Amélie Nothomb est cette fois-ci une réécriture du conte de Charles Perrault, qui date du 17e. Ce dernier raconte la rencontre entre un homme très laid, mais plein d’esprit; et une princesse très belle mais sans esprit. Fait utile, l’homme peut passer son esprit à d’autres, tandis que la princesse peut donner de sa beauté.

Amélie Nothomb simplifie un peu ce conte, tout en le transposant au XXIe siècle. On y fait donc la rencontre de Déodat, laid mais génial; et de Trémière, belle fleur mais au cerveau ralenti. Dans les deux cas, les parents sont au désespoir, mais vont petit à petit s’acclimater à leurs enfants. Quand à ces derniers, ils vont devoir apprendre à vivre avec cette malédiction. Si Déodat finit par enchaîner les rencontres, Trémière grandira seule, avec sa grand-mère pour compagnie, éloignée de tout amour et de toute relation sociale.

Déodat a un effet « cette forme supérieure d’intelligence que l’on devrait appeler le sens de l’autre […] Les gens intelligents qui ne développent pas cet accès à autrui deviendront, au sens étymologique du terme, des idiots : des êtres centrés sur eux-mêmes L’époque que nous vivons regorge de ces idiots intelligents, dont la société fait regretter les braves imbéciles du temps jadis. » L’histoire de Déodat nous dit en gros que ceux qui ne peuvent compter sur leur apparence se doivent de briller autrement. Et par là même elle souligne l’importance de l’apparence dans notre société. Une importance contrebalancée donc par l’histoire de Trémière:

« Les gens ne sont pas indifférents à l’extrême beauté: ils la détestent très consciemment.Le très laid suscite parfois un peu de compassion; le très beau irrite sans pitié. La clef du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne. »

A l’instar de tous les romans d’Amélie Nothomb, l’histoire ne va pas beaucoup plus loin : ils finissent par tomber amoureux et vivre ensemble (mais ils ne se marièrent, pour éviter les écueils habituels des vieux couples, nous dit Nothomb). Mais j’ai été agréablement surprise au final : je ne connaissais pas l’histoire originale, donc pas d’élément de comparaison, et j’ai pris plaisir à découvrir ces deux personnages hors normes. Maintenant que je connais le conte original, je trouve un peu dommage de l’avoir simplifié, néanmoins Nothomb a réussi à en sortir l’essentiel.

J’ai également été surprise par une écriture simple mais efficace, et quelques belles phrases qui évitent les poncifs. J’ai noté aussi de belles pages sur les oiseaux, et sur la liberté.

« L’envol relevait forcément de l’audace. À l’origine, aucune espèce ne volait. Un jour, il y a des centaines de millions d’années, une bestiole avait non seulement conçu ce rêve inédit mais aussi tenté de le réaliser. On repense avec une émotion justifiée aux pionniers de l’aviation. Se souvient-on des premiers animaux qui ont risqué leur vie dans cette expérience insensée ? À cette époque, il y a bel et bien eu un choix. L’homme appartient à l’espèce qui a choisi le sol. »

En bref, un bon roman, qui me réconcilie avec cette auteur, dont la prolixité m’a toujours semblé gage de mauvaise qualité, malgré quelques bons souvenirs avec Stupeur et tremblements ou Métaphysique des tubes. S’ils restent simples, ces romans ont tout de même plus de profondeur que certains autres auteurs populaires; ainsi que plus de subtilité.