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« Rien n’est si fort ni le feu ni la foudre
Que mon Paris défiant les dangers »
Louis Aragon

Attention : 1er roman sur les attentats de novembre 2015 … J’avoue que je craignais un peu le traitement, mais comme j’ai été invitée à la présentation de la rentrée Robert Laffont aux librairies, j’ai eu la chance de voir une vidéo de l’auteur qui expliquait son texte, et ça m’a rassurée. Je l’ai d’ailleurs trouvé très sympathique : Français expatrié aux Etats-Unis depuis 10 ans, il a une vision différente de celle de l’Hexagone. Plus que la peur que ces actes ont engendré pour la population au quotidien, il y a vu la destruction de son pays natal.

En 2013, Suaudeau écrit Dawa, un roman où Paris est frappé par des attentats un vendredi 13 novembre. 2 ans et demi plus tard, il passe de rôle de visionnaire à celui de fossoyeur …

Pour « traiter » ce sujet sous forme de roman, Julien Suaudeau choisit 5 personnages qui vont se croiser et se recroiser toute la journée du 13 novembre. Certains ont un billet de concert dans la poche, d’autres vont se le procurer. Tous n’iront pas. Mais à travers eux, nous avons un panorama de la France pré-attentat. Cependant, il choisit de nous laisser du côté de la vie, de la lumière, celle de cette belle journée, qui tournera en cauchemar.

Par cela, il nous offre une belle promenade dans Paris, où chacun va apprécier le moment présent, alors que nous savons déjà que c’est le calme avant la tempête …

« Si les choses pouvaient en rester là.
Le boulevard Magenta, marinant à jamais dans le bruit, le noir des murs et les vapeurs des pots d’échappement.
Les feuilles encore vertes aux branches des platanes.
Ma bouteille à moitié vide, mais à moitié pleine.
Moi, toujours en vie, sentinelle au-dessus du trafic, parlant au chien pour le rassurer et sentant sous mes doigts le fer forgé de la balustrade.
Cinq sens, aucune raison que ça s’arrête. Pas de date de péremption. J’envelopperais tout dans du papier cadeau et je le mettrais à l’abri, en promettant de ne pas regarder.
J’aimerais la pollution et le vacarme des autobus comme la prunelle de mes yeux – comme la vie elle-même.
Les feuilles des arbres ne finiraient pas par tomber.
Ma bouteille ne se viderait pas.
J’aurais neuf vies de chat devant moi. »

Un beau roman, bien écrit, et chant d’amour d’un homme pour son pays.