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« Tu as longtemps eu peur de la nuit avec cette croyance ancrée que l’on est plus fragile et plus vulnérable dans l’obscurité. »

Suzanne anime des ateliers d’écriture dans une classe. Un jour, elle demande aux élèves d’apporter un objet important dans leur histoire personnelle. Alors que d’autres amènent des peluches ou divers objets du quotidien, presque anodins, Arsène est confronté à une rude épreuve : il ne possède rien d’autre qu’une valise en carton. Mais cette valise lui a sauvé la vie, 10 ans plus tôt, lors de sa fuite du Rwanda …

« Plus rien ne peut te faire peur, toi qui as erré si petit dans ce paysage hostile. Si, une chose te fait peur, te terrorise même, c’est de raconter. Ces événements enfouis dans ta mémoire pourraient ne jamais avoir existé, tu te dis parfois que c’est une légende qui court sur ton enfance. »

Confronté à la peur d’écrire, Suzanne lui propose de lui raconter ce qu’il a vécu. Cette histoire atroce s’entrelace avec ses peurs à elle, ses regrets, et ses souvenirs de son père prématurément disparu.

Encore une histoire sur le Rwanda, me direz-vous, et vous n’aurez pas tort … Mais j’ai découvert avec plaisir la qualité de la plume de Yasmine Ghata, qui nous plonge au cœur de l’horreur, par les mots d’un petit garçon, pleins de naïveté et de douleur. Un récit très beau, très dur, qui dit la souffrance, le déracinement et la perte totale de tout repère.

« Tu as fermé les yeux, et aussitôt des images se sont mises à défiler, des papillonnements de lumière.
Dormir dans cette valise t’avait protégé du froid, des bêtes sauvages, des pluies torrentielles et de cette brume épaisse qui te cernait. Recroquevillés, tes pieds étaient tous deux calés sur les bordures intérieures. Tu sentais les cailloux aiguisés à travers la peau épaisse, mais tu dormais quand même… »

J’ai été moins convaincue par l’histoire de Suzanne qui semble arriver comme un cheveu sur la soupe, et tellement moins cruciale que le récit d’Arsène. J’avais eu la même sensation en lisant Windows on the World de Beigbeder, où il alternait l’histoire du 11 septembre, et la sienne. J’avais été agacée par ses interruptions dans un récit dramatique, et par cette forme égoïste d’autofiction. Ici ce n’est pas de l’autofiction mais j’ai eu le même sentiment : comme si le récit d’Arsène ne suffisait pas, l’auteur s’est sentie obligée d’y accoler une autre histoire et ça sonne presque grossièrement …

En bref, un roman sur la mémoire, l’oubli et l’importance de raconter, sur lequel j’ai un avis en demi-teinte (mais comme c’est un texte très court, n’hésitez pas à le découvrir par vous-même !).