cvt_chere-brigande_8988

Lorsqu’elle croise une femme aux cheveux roux, prénommée Marion, Michèle Lesbre voit ressurgir le souvenir d’une autre Marion, née des siècles plus tôt et qui a vécu en Bretagne, une vie libre et insoumise. Marion du Faouët, « Robin des Bois » bretonne !

Il n’en faut pas plus pour que Michèle Lesbre se lance dans une lettre qui fera ressurgir la figure de cette femme qui a vécu intensément, loin des clichés de son temps, qui a souffert mais qui s’est battue pour la vie dont elle rêvait.

Comme toujours dans les romans de Michèle Lesbre, ce récit s’entrelace avec sa propre vie, la propre histoire de Marion lui rappelant quand elle manifestait contre la guerre d’Algérie, ou quand elle était enseignante.
« Pardonne-moi si je mets du désordre dans ta vie. Depuis le début du voyage, elle me revient par bribes et parfois me renvoie à la mienne. La jeune femme révoltée et rebelle que tu es, dont la vie est un palimpseste que le temps colporte, après des générations de conteurs qui se la sont appropriée comme je me l’approprie, me rappelle mes propres colères, mes propres engagements, les blessures que laisse l’Histoire. »

Les deux récits s’enrichissent ensemble, et on est emporté au gré de cette plume magnifique, entre le XVIIIe et le XXe siècle, entre les forêts bretonnes et Paris, entre Le Faouêt et l’Algérie. 

Mais j’ai surtout été fascinée par la Marion du XVIIIe siècle, cette brigande qui a vécu une folle vie aventureuse, mais qui fut aussi mère et amante. Qui était-elle ?

« On dira que tu es une sorcière, que de telles femmes ne peuvent qu’être des sorcières, qu’on humilie comme on va t’humilier avant de te pendre, qu’on brûle comme on va te brûler lors des interrogatoires. […] Tu fais peur, ta liberté fait peur, ton insolence aussi ». Alors il va falloir la faire taire, la torturer puis la pendre, pour la punir d’avoir voulu vivre une autre vie, hors-la-loi.

Un voyage court, 80 pages, mais puissant, qui se termine par une phrase d’actualité …  

« Dors tranquille, chère brigande, tu m’as sauvée pendant quelques jours de notre démocratie malade, des grands voleurs qui, eux, ne sont presque jamais punis parce qu’ils sont puissants, de ce monde en péril. Tu n’étais pas un ange, mais les anges n’existent pas. »