léopard garrot

Décidément, à chaque lecture d’un roman de Jean-Christophe Rufin, je suis de plus en plus attaché à cet auteur. Je suis à chaque fois impressionnée de la manière dont il parvient à se renouveler, roman après roman : pas de comparaison possible entre Rouge Brésil, L’Abyssin, Immortelle randonnée (où il raconte le périple de Compostelle, qu’il a fait seul), même si à chaque fois j’ai apprécié ses connaissances historiques, son sens du romanesque et son humour ! Dans Un léopard sur le garrot, j’ai découvert ce qui l’a poussé à écrire chacun de ses textes, j’ai découvert l’homme derrière les mots, et j’en suis restée admirative.

« La volonté d’engagement, l’humanisme en acte, l’ancrage littéraire, tous ces idéaux étaient pour moi au principe de l’activité mystérieuse dont je suis témoin depuis l’enfance et qu’on appelle la médecine. » 

Il fut d’abord et avant tout médecin, à la suite de son grand-père qui lui a donné le goût de comprendre et soigner l’âme humaine. Mais très vite, il ne parvient pas à s’intégrer dans ce monde : il ne veut pas être généraliste, et le milieu hospitalier lui pèse trop. Pour supporter tout ça, il se tourne en parallèle vers l’humanitaire : il rejoint Médecins sans frontières, que Bernard Kouchner vient de créer, et mène de multiples missions. Par la suite, il quittera l’association, pour mieux y revenir. Il y décrit les problèmes qui s’y pose, les conflits politiques. Il y découvre les dangers de l’humanitaire, dont il tirera un livre, « Le piège humanitaire », qui fut un flop.

Puis, sa réputation se fait, et on lui confie l’ambassade du Sénégal, autre étape de sa vie.

Et parallèlement à tout ça, il écrit. Ses missions en Ethiopie et au Brésil lui permettront par exemple d’écrire Rouge Brésil et L’Abyssin.

« Ainsi la médecine m’a conduit à l’écriture. Mais ce fut par un long détour de l’engagement humanitaire, des voyages et de l’action politique. […] Je me suis gardé de mettre en scène ma pratique. Le roman a toujours été pour moi un espace d’évasion. Dans les cours de la Salpêtrière, j’imaginais des mousquetaires à cheval … ils m’aidaient à supporter un quotidien qui m’apportait trop de frustrations et de souffrances. »

Homme au parcours tellement riche, homme d’engagement, il m’impressionne par les risques qu’il a sans cesse pris pour vivre selon ses valeurs.

« Pourquoi avoir pris cette charge lourde (l’ambassade) sinon parce que c’est une tache difficile, à un moment crucial des relations entre l’Afrique et la France ? Je suis plus que jamais posté sur cette frontière invisible entre les mondes. […] On est bien aise de disserter sur les flux migratoires, les sans-papiers ou la lutte contre l’immigration clandestine lorsque l’on est assis tranquillement dans un salon à Paris. Je subis, moi, l’inconfort d’être au front, sur le lieu où s’exercent directement les forces contraires, où se jouent les drames, où ils prennent une forme humaine […] Je vis ici trop d’émotions, je vois trop de paysages et de portraits, pour que n’en sortent pas un jour, par le détour du temps et de l’oubli, de nouveaux livres et de nouveaux rêves. »

Ce texte est fascinant, porté par une magnifique plume, et va devenir un de mes livres de chevet, pour me rappeler qu’on se doit d’être ouvert, d’avoir une vie bien remplie, au service des autres, et qu’il y a tant de causes à défendre !