douceur

Les coups de cœur sont souvent inattendus … et celui-ci n’échappa pas à cette règle ! J’avais adoré Les Petites reines, précédent roman de cet auteur, et j’avais été assez tentée par ce nouvel opus, mais sans oser franchir le pas. J’ai du mal avec les histoires d’amour en ce moment, et j’ai donc longuement hésité … jusqu’à ce qu’une amie m’en lise un extrait, auquel j’ai immédiatement accroché ! Je l’ai ensuite dévoré sans scrupules dans la nuit suivante, presque déçue de l’avoir fini si vite, mais déterminée à le relire sans tarder ! Car plus qu’une simple histoire d’amour, c’est un roman en vers que Mlle Beauvais nous a écrit, et par-delà, une magnifique réécriture d’Eugène Oneguine, le roman de Pouchkine. 

Tout commence par une rencontre, celle d’Etienne et de Tatiana, sur la ligne 14, un beau matin … Ils ne se sont pas vus depuis 10 ans, Etienne semble l’avoir oubliée, Tatiana l’a toujours aimée. Mais … mais… entre eux il y a l’ombre de Lenski, l’ami, qui a trouvé la mort 10 ans auparavant et très mystérieusement. Avant donc de renouer, Tatiana exige de connaître la vérité. Et nous voilà transportés 10 ans en arrière, Etienne a 17 ans, Tatiana 15 et elle aime pour la première fois …

Roman tragique, roman d’amour, Songe à la douceur ressuscite le poème en prose, à coup de vers libres, en nous plongeant dans cette histoire éternelle … 

« Je suis sûre que vous reconnaissez ce sentiment. 
C’est étonnant, ces amours
qui donnent des contours à nos attentes molles, 
des couleurs intenses à nos décors, 
qui nous font brusquement vivre en haute résolution, 
et nous convainquent que le reste du monde
est tristement aveugle.
Plus tard, quand on est revenu
de cet amour à douze millions de pixels,
qu’on s’est réinstallé dans un bonheur
plus doux et plus pastel,
et qu’on croise dans le regard de quelqu’un d’autre, 
quelqu’un d’amoureux,
cette vision lame de rasoir, on sait ce qu’il pense : 
la pauvre, elle ne voit rien.
Et on l’envie un peu, mais on sourit aussi
de son arrogance,
on a envie de répondre, 
Mais si, j’ai vu la même chose que toi tu sais,
j’ai vu tout ça, je l’ai vu, je le verrai
encore, sans doute, une prochaine fois,
un jour à nouveau je trouverai comme toi les autres bêtes, 
j’ai mis et je remettrai, comme toi, 
un jour ces étranges lunettes. »

Les vers, l’humour de la narratrice omnisciente, ainsi que l’alternance des voix contribue à la richesse de ce texte incroyable, qui dynamite les canons de la littérature jeunesse en la faisant entrer dans la catégorie de la littérature universelle.

Un coup de maître donc, à découvrir sans tarder !