lapin alice

Un peu de « triche » aujourd’hui puisqu’au lieu de mon habituel 1 article = 1 livre, j’ai choisi de vous en présenter plusieurs, que j’ai lu il y a quelques mois déjà mais dont je n’avais pas eu le temps de vous parler …

Présentation par ordre chronologique ! 

Contes de l’Alhambra / Washington Irving (1832)

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En 1830, Washington Irving effectue un voyage en Andalousie. Il y découvre les délices espagnols, l’architecture musulmane et chrétienne, et surtout il découvre l’Alhambra de Grenade. Il tombe aussitôt sous son charme. Il y vécut quelques mois (en évitant les touristes comme il le dit lui-même :D) et en tira ce recueil de contes, illustré de magnifiques gravures de l’Alhambra.

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Que vous connaissiez ou pas ce pays, on ne peut qu’être transporté par les magnifiques descriptions qu’en fait Irving. Il y décrit chaque détail architectural, l’histoire du palais, et surtout les contes qui l’entourent : inlassablement, il s’est fondu dans le paysage, à l’écoute des habitants, pour ensuite retranscrire les récits dans son carnet de voyage.

« Tel est l’Alhambra, palais musulman au sein d’une terre chrétienne, édifice oriental parmi les bâtiments gothiques de l’Ouest, élégant vestige d’un peuple brave, intelligent et raffiné qui conquit, gouverna et passa. »

C’est donc un très beau texte, le récit d’une expérience vécue à l’écart de tout temps et de tout lieu.

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Swastika Night / Katharine Burdekin (1937)

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Cent ans plus tard, autre temps, autre lieu, autre style :

Sept cents ans après la victoire d’Hitler, l’Europe est soumise à l’idéologie nazie. Les étrangers servent de main-d’oeuvre servile, les femmes de bétail reproducteur, le progrès technique est interdit dans une société exclusivement agraire. Alfred, un jeune anglais en pèlerinage, est mis au courant par le chevalier von Hess de l’existence d’une chronique retraçant l’histoire de l’ancien monde…

Quelle découverte intéressante ! Des siècles après la Seconde guerre mondiale, gagnée par l’Allemagne, Hitler a été deifié, Mein Kampf est devenu une bible, l’histoire des pays conquis a été oubliée… Mais des chevaliers résistent comme très toute attente, en se remémorant des souvenirs de cette période, manière de résister à la doxa commune. Parmi eux, un chevalier se confie à un mécanicien anglais. Leurs échanges sont un pur produit de ce monde effrayant, dépeint par l’auteure … en 1937! Encore plus impressionnant et plus intéressant donc, d’autant que le point de vue de la femme rajoute à l’intérêt du texte. Une belle lecture, qui fait réfléchir…

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Ivan le Terrible / Henri Troyat (1982)

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Orphelin de père et de mère, soumis à la tutelle des boyards qui s’entre-déchirent pour la conquête du pouvoir, Ivan IV fait, dès son plus jeune âge, l’apprentissage de la ruse et de la cruauté. Sacré tsar en 1547, à dix-sept ans, il affirme, tout d’abord, une autorité ombrageuse. Dans son esprit, la disposition à la débauche et à la violence s’allie avec une dévotion maladive. Sadique et mystique à la fois, il se considère comme le vicaire de Dieu sur terre et se croit excusé d’avance pour tous ses dérèglements.

Henri Troyat ne nous épargne aucun dérèglement, aucune folie de ce tsar sanguinaire, qui évolue au milieu d’une société impitoyable : tuer ou être tué, empoisonner ou être empoisonné, même s’il s’agit de ton frère, de ta mère, de ton enfant. Quiconque se trouve sur le chemin du pouvoir doit être abattu, quiconque agit de manière suspicieuse doit être torturé pour avouer ses crimes. Bref, un monde charmant, et un roman historique qui en devient presque écœurant, écrit par un spécialiste de la Russie.

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Le tombeau d’étoiles / Maxence Fermine (2007)

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Au soir de sa vie, un homme retrace le long chemin qu’il a parcouru et les événements, parfois tragiques, qui en ont déterminé le cours. De son enfance à l’âge adulte, lors de la période trouble de l’Occupation, le narrateur raconte son amour pour Eléonore, et le drame qui a bouleversé son existence.

« Je ne suis qu’une ombre dans un tombeau d’étoiles
Une ombre noire allongée dans un cercueil d’or
Et lorsque soufflera le zéphyr de la mort
Vers les froides ténèbres je mettrai la voile. »

Une belle histoire d’amour et de vengeance dans les magnifiques paysages de la Savoie. Si j’ai retrouvé en effet avec plaisir l’écriture simple mais pure de Maxence Fermine, j’ai été déçue par cette histoire somme toute classique – même s’il s’est inspiré de faits réels – la faute peut-être au traitement de cette période très rebattue et qui n’arrive plus à me surprendre.

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L’homme aux yeux à facettes / Wu Ming-yi (2011)

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Depuis deux ans maintenant, ce livre me fait de l’œil dans ma bibliothèque, par son titre. Je ne savais trop quoi en attendre, et j’avoue que j’ai été assez surprise …

Sur l’île de Wayo-Wayo, lorsque vient le temps de leur quatre-vingtième pleine lune, les fils cadets sont condamnés à partir en mer pour un voyage dont ils ne reviennent pas. C’est le destin du jeune Atihei.
Alice, professeure de lettres, est anéantie par la disparition en montagne de son fils et de son mari et songe au suicide dans sa maison au bord de l’océan, sur la côte est de Taiwan.

Tous deux sont prêts à mourir, mais leur temps n’est pas encore venu, car arrive une catastrophe qui les dépasse, un vortex de déchets prêt à engloutir une partie du pays et qui s’approche inexorablement …

Entre conte fantastique et réalisme magique, Wu Ming-yi a produit un OLNI, objet littéraire non identifié, impossible à classer, et à déguster. Un roman qui met en doute tout ce qu’on lit, jusqu’à la dernière page, et très dérangeant. A découvrir.