bonheur

Un bonheur insoutenable fait partie des grands romans de dystopie du XXe siècle, dans le trio de tête avec Le meilleur des mondes et 1984. Les similitudes entre les trois romans sont frappantes et illustrent bien les préoccupations de l’époque : uniformisation, recherche du bonheur à tout prix, standardisation, contrôle total de l’Etat sur les citoyens, etc. 

Nous sommes bien après l’an 2000 : le monde est unifié, il n’y plus qu’une seule langue parlée, et tout est contrôlé par un ordinateur. UniOrd est celui qui décide de tout : le travail, le mariage, les enfants, selon des algorithmes inconnus des « membres » ordinaires de la Famille. Chaque membre reçoit une fois par mois un traitement qui les rend parfaitement heureux dans ce système.

« Une puissante Famille
Une race parfaite
Libérée de l’égoïsme
De l’agressivité
De l’avidité
Chacun donnant tout ce qu’il a
Et recevant tout ce qu’il lui faut

Non, pensa-t-il. Ils ne forment pas une famille puissante, mais une famille faible et pitoyable, abêtie par des traitements chimiques et déshumanisée par des bracelets. Seul UNI est puissant. »

Li RM35M4419 dit Copeau est un enfant comme les autres, mais avec un grand-père particulier. Celui-ci a aidé à la construction de UniOrd et ouvre les yeux à son petit-fils sur les dangers de ce monde froid et uniformisé. La prise de conscience de Copeau est longue, jusqu’à ce qu’il soit contacté par un groupe qui s’intéresse au passé, et l’aide à réduire sa dose de traitement : petit à petit Copeau se met à réfléchir, à se sentir plus « vivant« . Mais il trouve que les membres du groupe ne font pas assez loin dans leur rébellion et décide de fuir cette société pour rejoindre des hommes qui vivent en dehors de Uni.

Un bonheur insoutenable va plus loin que 1984, peut-être parce qu’Ira Levin croit en la force d’un seul Homme pour changer le système, alors que pour George Orwell, le système restera le plus puissant … Ici il n’y a pas de répression car chacun se surveille et se doit de signaler des membres « malades » qui essaieraient d’en sortir.

Au départ faible, Copeau acquière en intelligence, en intransigeance et même s’il se fait manipuler par le système, ce dernier n’arrivera jamais à annihiler complètement sa volonté de liberté et de vivre comme il l’entend. 

« Évidemment que nous sommes libres ! Libres de la guerre, du besoin et de la faim, libre du crime, de la violence, de l’agressivité, de l’égo…
– Oui, oui, nous sommes libres « de » certaines choses, mais nous ne sommes pas libres de « faire » des choses. Tu dois comprendre cela, Bob. Être « libre de quelque chose » n’a rien à voir avec la liberté. »

C’est un roman qui m’a fasciné, comme tous ces romans dystopiques qui disent beaucoup sur la société passée et actuelle, s’attaquant au stalinisme mais aussi à tous les extrémismes et aux dangers de la religion. Il dénonce aussi le « politiquement correct » qui règne de nos jours également et qui force chacun à rentrer dans le rang et à considérer les déviants comme des originaux qui se font insulter pour leurs idées.

En bref un très bon roman, qui m’a surpris par ses retournements et rebondissements,, et qui gagnerait à être davantage connu.