manderley for ever

« Je l’ai décrite comme si je la filmais, caméra à l’épaule, afin que mes lecteurs comprennent d’emblée qui elle était. J’ai décrypté ses livres, sa voix, son regard, sa façon de marcher, son rire. J’ai écouté ses enfants, ses petits-enfants. Autour des maisons qu’elle aimait avec passion, j’ai dressé le portrait d’une écrivaine atypique et envoûtante, méprisée des critiques parce qu’elle vendait des millions de livres. Son univers macabre et fascinant a engendré une œuvre complexe, étonnamment noire, à l’opposé de l’étiquette « eau de rose » qui lui fut si injustement attribuée.
Ce livre se lit comme un roman, mais je n’ai rien inventé. Tout y est vrai.
C’est le roman d’une vie. «  Tatiana de Rosnay

Comme à mon habitude, j’allais reformuler et personnaliser la quatrième de couverture, quand je me suis aperçue que pour une fois, je n’en avais pas envie, tant les mots de l’auteur sonnaient juste et n’avaient pas besoin d’être complétés.

Cette biographie de Daphné du Maurier se dévore en effet comme un roman ! Chaque partie démarrant d’une maison de l’écrivaine, chaque maison l’ayant beaucoup marqué, Tatiana de Rosnay reprend scrupuleusement les détails de la vie de Daphné du Maurier, et en quelques pages elle nous donne l’impression d’être auprès d’elle. En plein été, à Paris, j’ai eu parfois des frissons de froid ou le goût salé de la mer sur la langue, tant la biographe nous transporte à Ferryside, Menabilly, à Paris, New York ou ailleurs !

J’y ai redécouvert cette écrivaine trop longtemps cantonnée à l’appellation de « romancière romantique », terme qu’elle détestait, comme si on l’assimilait à une auteure de romans à l’eau de rose … Or pour quiconque ayant lu les romans de Daphné du Maurier, il est évident qu’elle est à l’opposé de ça !

« Daphné hoche la tête, l’eau de rose ce n’est pas pour elle, ce qu’elle veut, c’est que son lecteur soit saisit à la gorge, c’est ne jamais laisser indifférent. »

Qu’il suffise sinon de visionner les adaptations d’Hitchock : son roman Rebecca et sa nouvelle des Oiseaux suffiront à vous transporter dans le monde extrêmement sombre, gothique et angoissé de la célèbre romancière, issue d’une famille non moins célèbre.

« Daphné fait partie de ces écrivains qui préfèrent regarder en arrière, pas de l’avant, qui sont capables de noircir des pages entières sur ce qui fut, un lieu, une trace, mettre des mots sur la fugacité de l’instant, la fragilité du souvenir qu’il faut embouteiller comme un parfum. […] Enfin ! Succomber au sortilège d’un roman qui s’impose, y penser jour et nuit, prendre des notes à n’importe quel moment, dans sont bain, les doigts mouillés, le papier trempé, tant pis, quelques mots griffonnés dans l’urgence importants, essentiels, car comme le Petit Poucet, il constituent le chemin secret qui mène au livre. S’enfermer dans sa hutte, retrouver sa concentration, ça y est, Daphné tient son histoire, et le reste, comme d’habitude, n’a aucune importance. »

L’écrivaine se moque de ce que pense les autres, elle s’essaie à plusieurs styles, quitte à heurter, à déplaire, et elle écrit des romans, des nouvelles, des biographies, sans relâche …
« Daphné ne se laisse pas abattre; selon elle, un romancier doit être libre, ne doit pas écrire pour les autres, et doit apprendre à ne pas craindre les réactions d’autrui. »

Je ne me lasse jamais d’apprendre sur des écrivains que j’aime, car si leur vie n’explique pas toujours leur oeuvre – en l’occurrence Daphné a eu une vie relativement très heureuse et lumineuse – elle permet de les situer dans un quotidien, de les rattacher aux mondes des hommes et de mieux les comprendre …

Entre bonheurs (l’écriture, ses enfants, ses petits-enfants, ses chiens) et colères (le procès de Rebecca pour plagiat, les mauvaises traductions ou adaptations cinématographiques de ses livres, les critiques), elle dresse avec brio un portrait sans concession de cette femme moderne, assoiffée de liberté et d’écriture, qui fut portée toute sa vie par les mots et la mer, sans que quiconque puisse l’empêcher d’être ce qu’elle voulait être (y compris un garçon !). 

A lire sans retard pour les admirateurs de Daphné du Maurier et pour tout autre curieux littéraire !