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Infatigable voyageur, Julien Blanc-Gras est passé du Groënland (Briser la glace) aux 40° du désert : dans le Nouvel Orient, entre Qatar, Dubaï et Oman, l’écrivain-voyageur nous entraîne dans un périple brûlant et plein de surprises.

« On en parle beaucoup, de ces pétromonarchies du Golfe, et on en parle pas toujours en bien. Elles sont accusées, pêle-mêle, d’acheter la France, de financer le terrorisme, d’opprimer les femmes, de pratiques l’esclavage et de s’accaparer les meilleures pièces du magasin Vuitton des Champs-Elysées. On en parle surtout de loin et j’ai envie de voir de plus près. »

Plutôt que lire un énième documentaire sur le Qatar ou autres pays de cette région assez peu connue au final, je vous conseille ce roman trépidant où l’auteur analyse avec justesse les comportements, les traditions et les aberrations que la modernité peut engendrer … En effet, ce qui frappe le plus dans ces pays, c’est le basculement entre la vie du désert sous les tentes et les malls gigantesques qui se dressent désormais à leur place, et tout ça en une quarantaine d’années seulement.
Au Qatar, cette explosion urbaniste tranche pourtant encore avec une société où les femmes sont voilées, où les deux sexes vivent séparés, où les mariages restent arrangés et où un véritable apartheid a été mis en place entre les Qatari, les étrangers et les travailleurs immigrés, au plus bas de l’échelle sociale. Un pays où le « réel compte moins que l’apparence ». 

Tout comme il l’avait fait avec brio pour le Groënland, Julien Blanc-Gras a le génie pour dresser un portrait d’un pays (ici, trois !) en quelques 200 pages, drôles (et souvent grinçantes) en nous faisant appréhender sa vie quotidienne, sans nous assommer de chiffres ou autres. Il observe simplement, en tire des conclusions grâce à ses connaissances géographiques, sociales, et à ses nombreux voyages. Avec une sagesse humaniste, il a su m’intéresser à cette péninsule arabique « bling-bling », au-delà de son poids financier et de ses investissements controversés. Une péninsule qui n’en est pas à une contradiction prêt.

Cependant, ne vous y trompez pas, si j’ai évoqué les grands traits du récit de voyage, il vous faut absolument le lire pour découvrir les subtilités et surtout les différences entre ces pays, de loin si similaires.

« Les différents Etats du Golfe semblent dégager une certaine homogénéité culturelle – même langue, même religion, même structure économique, etc. C’est un trompe-l’oeil. »

Du Qatar à Oman, en passant par Dubaï et le Bahreïn, embarquez donc avec mon guide préféré qui, s’il porte un regard acerbe sur cette société, n’en garde pas moins un espoir bienveillant envers l’humanité tout en s’interdisant le moindre jugement. 

« Je m’abstiendrai de jeter la pierre sur cette hypocrisie prioritaire. Toutes les sociétés ont besoin d’une dose de mensonge pour fonctionner. Les nôtres aussi. Il est simplement plus facile de remarquer l’hypocrisie chez les autres. »